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Société - Article paru le 25 avril 2008 dans l'Humanité

 

La Cimade ne veut plus des quotas d’expulsion

Immigration . L’association présentait, hier, son huitième rapport sur les centres de rétention administrative. Un constat dénonciateur de la politique gouvernementale.

La présence de la Cimade dans les centres de rétention administrative, là où on enferme les personnes arrêtées lors des rafles, celles dont les procédures d’asile ou de régularisation ont échoué et que l’on arrête de plus en plus souvent à leur domicile, au petit matin, comme s’il s’agissait de grand banditisme, les enfants sous prétexte de ne pas les séparer de leurs parents, les vieillards et les malades que l’État ne veut pas voir, est une exception française. L’association humanitaire est présente dans ces lieux depuis 1987, avec une mission d’accompagnement social et, depuis 2001, d’aide à la défense des droits des étrangers retenus. Son action est effective dans 22 centres, dont ceux de Guyane et de Mayotte, et dans plusieurs dizaines de locaux de rétention.

« nous témoignerons et nous témoignons »

Mais, comme les militants de l’association gardent les yeux ouverts sur les pratiques policières et administratives et tiennent à garder leur liberté de témoigner, ils commencent, cette année, à se faire taper sur les doigts. Leur convention avec l’État arrive à échéance, avant renouvellement possible, fin 2008. Chantage ? « Notre parole publique semble agacer. On nous incite à plus de réserve. Mais il n’est pas question de changer, affirmait, hier en conférence de presse, Laurent Giovannoni. Il est possible qu’existe une tentation forte des pouvoirs publics de nous restreindre, voire de nous évincer au profit d’associations plus fragiles. On verra. Mais nous témoignerons et nous témoignons. »

Dans son rapport sur la situation 2007, fort de 296 pages, l’association passe donc au scalpel la situation de chaque lieu, le nombre de personnes qui y sont passées, d’où elles venaient et ce qu’elles sont devenues, les conditions matérielles d’accueil et surtout celles d’accès aux droits. La conclusion apparaît en première page : « Arrêtez les quotas d’expulsion ! »

Les centres de rétention se sont particulièrement signalés à l’opinion publique depuis la fin 2007, lorsque les révoltes et les grèves de la faim ont éclaté en région parisienne, au Mesnil-Amelot et à Vincennes (le plus grand de France avec 280 retenus, soi-disant séparés en deux entités distinctes). « On retient des personnes qui sont dans des situations dramatiques, sans se livrer à la moindre évaluation humaine des conséquences. » Comment s’étonner de la dégradation des relations avec la police dans ces conditions, quand « les services administratifs confrontés à une obligation de résultat appliquent la loi de manière de plus en plus mécanique et sous un angle plus répressif ne leur permettant souvent plus de mesurer la réalité des situations humaines derrière les dossiers » ?

l’inacceptable est devenu routine

Parmi les situations paradoxales : les personnes renvoyées dans les pays européens où elles ont fait leur première demande d’accueil et, pire, où elles ont un titre de séjour régulier, représentent 22 % des retenus. Il faut y ajouter les touristes, munis de billets de retour dans leur pays, mais arrêtés au détour d’une gare ou d’une rue et immédiatement soupçonnés de faux et reconduits aux frais du contribuable, après un séjour en rétention qui peut dépasser les quinze jours, sans compter les Roumains et Bulgares qui ont le droit de circulation en Europe… La liste de l’inacceptable est longue qui aboutit à la conclusion que toutes les procédures, y compris celles de l’asile, sont instrumentalisées pour l’enfermement au détriment systématique du respect du droit.

Émilie Rive

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Tag(s) : #Société
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