L’insconscient du président Sarkozy nous parle
JUREK KUCZKIEWICZ
vendredi 25 avril 2008, 18:23 , le soir (belgique)
Ceux qui jugent que Nicolas Sarkozy n’a pas dit grand-chose, lors de son intervention télévisée de jeudi soir, sont dans l’erreur. Ou ils ont raison sur un point : le président n’a effectivement rien annoncé de tangible en matière politique.
Par contre, son inconscient, lui, n’a pu se taire. Et chez Nicolas Sarkozy, il dit toujours des choses intéressantes.
Ramené à sa déclaration d’il y a quelques mois (« L’instituteur ne pourra jamais égaler le curé »), le président français a précisé sa pensée : « L’instituteur permet de former des citoyens, il enseigne des matières ; et par ailleurs le curé, le rabbin et je ne sais qui (sic) essayent de donner du sens à la vie. »
Passons sur le caractère controversé de la première déclaration, qui avait déjà nourri un feu de critiques sur le thème de la laïcité. La précision de jeudi apporte un éclairage instructif sur la compréhension fonctionnaliste que Sarkozy a du monde et des hommes : une montre sert à donner l’heure, un boucher sert à débiter de la viande, un instituteur enseigne l’orthographe, et le curé sert à donner du sens à la vie. Pas de place, dans cette vision compartimentée, pour la multiplicité de la vie telle qu’expérimentée par la majorité des humains, où il n’est pas inhabituel que ce soit l’épicier ou une chansonnette qui nous inspirent sur le sens de la vie. Quant à l’instituteur, gageons qu’il a sans doute en matière de sens de la vie plus d’influence sur les enfants que le curé ou le rabbin, et ce n’est pas faire injure à ces derniers que de le souligner...
Autre perle du président : « On ne devient pas français parce qu’on travaille dans la cuisine d’un restaurant, aussi sympathique soit-il .» Passons sur une premirèe confusion : Nicolas Sarkozy était interrogé non sur la naturalisation, mais sur l’opportunité d’accorder des titres de séjour à quelques centaines de travailleurs « légalement » employés dans le secteur de la restauration. Par cette confusion, répétée à trois reprises, l’inconscient du président français - le premier d’origine étrangère - s’est fait l’écho de l’éternelle phobie de l’extrême droite : les immigrés qui travaillent légalement et reçoivent les « papiers » finissent un jour par devenir français, ce qui est très embêtant pour « l’identité nationale ».
Mais on aurait envie de pousser le président plus loin dans sa logique : si une arrière-salle de restaurant ne paraît pas suffisamment respectable comme anti-chambre de la naturalisation, alors quel lieu de travail le serait ? Un bureau à une fenêtre d’un immeuble à la Défense ? Un cabinet de Pdg ?
Où l’on semble revenir à la vision fonctionnaliste évoquée plus haut : les immigrés sont à leur place dans les cuisines de restaurants, pas dans la communauté des citoyens français.
Un poignet doit porter sa montre (de préférence une Rolex), un coude doit être aggripé par une épouse, les immigrés doivent rester dans leurs arrières-salles, et chacun devrait avoir son curé pour entendre le sens de la vie. On pourrait appeler cela le monde parfait du petit Nicolas.
Collectif Bellaciao
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