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Politique - Article paru le 22 avril 2008 dans l'Humanité

Une éclaircie ne fait pas le printemps

22 avril 2007 . Un an après son revers à la présidentielle (36,4 % au premier tour), la gauche s’interroge sur son avenir et son projet, que son redressement aux élections locales n’a pas résolus.

Un an jour pour jour après le premier tour de l’élection présidentielle, la gauche est-elle enfin entrée dans une phase de reconquête ? Durablement sonnée par son troisième échec consécutif à une élection présidentielle depuis 1988, et le second aux législatives organisées dans la foulée depuis 2002, la gauche a vu enfin une éclaircie dans son paysage, avec le succès, aussi large qu’inespéré, aux élections municipales et cantonales de mars dernier. Une sacrée claque pour la politique de Nicolas Sarkozy, de plus en plus en difficulté, dont la gauche aurait tort de ne pas se réjouir, mais qui n’a pas effacé la crise de sa crédibilité, allant de pair avec celle interne à ses différentes formations.

La gauche sous le choc de la défaite

Le 22 avril 2007, au terme d’une campagne d’une intensité exceptionnelle marquée par la prégnance des appels au « vote utile » contre Nicolas Sarkozy, la gauche dans son ensemble n’avait réuni que 36,4 % des voix au premier tour de la présidentielle, dont 25,9 % pour Ségolène Royal, loin derrière son rival de l’UMP, arrivé en tête avec 31,2 %. Le PCF et les Verts étaient laminés, avec respectivement 1,9 % et 1,6 % pour Marie-George Buffet et Dominique Voynet. Quinze jours plus tard, la gauche était sous le choc de sa défaite, la candidate de la gauche ne recueillant que 47 % des voix, échouant dans sa tentative de capter les 18,6 % obtenus par François Bayrou.

Au coeur de l’échec de 2007 : l’incapacité de la gauche à rassembler l’électorat populaire, séduit par les incantations de Nicolas Sarkozy réussissant la synthèse du sécuritaire et du protectionnisme (pour récupérer l’électorat du FN), du libéralisme débridé d’une nouvelle droite « décomplexée » et de la volonté politique « réhabilitée ». Ce dernier thème, décisif, a pu convaincre une part importante de l’électorat lassée des renoncements de la gauche comme de la droite au nom de l’acceptation des règles de « l’économie de marché », fortement mises en cause par le « non » à la constitution européenne de 2005. La campagne de Ségolène Royal a pour une part symbolisé ce décalage avec les attentes populaires. Elle a concentré les critiques au-dehors et au sein de son parti pour son projet « flou » peu marqué à gauche (dénigrement des 35 heures, SMIC à 1 500 euros jugé après coup irréaliste, etc.), empruntant aux thématiques conservatrices (« ordre juste », sacralisation des symboles nationaux, etc.), et sa stratégie délibérément tournée vers une alliance avec le centre, qui a pu paradoxalement ouvrir un espace à François Bayrou.

Un an plus tard, la victoire nette des listes et des candidats de l’union de la gauche aux élections municipales et cantonales contribue à redistribuer les cartes. Chaque composante en sort renforcée par rapport à la présidentielle, avec un PS devenu premier parti de France aux élections locales, et un PCF requinqué à plus de 9 % au premier tour des cantonales. La gauche n’est pas pour autant tirée d’affaire, avec une victoire acquise essentiellement sur la sanction de la droite lors de ce scrutin « intermédiaire ».

Le PS et le PCF sont engagés chacun dans un travail de redéfinition de leur positionnement et de leur offre politique. Une démarche aux prémisses bien différentes de chaque côté, mais dont les conclusions de part et d’autre affecteront nécessairement la gauche dans son ensemble. Au PCF, le congrès de décembre devrait être marqué à la fois par des choix cruciaux concernant l’avenir même de la formation communiste, son projet, mais aussi par la nécessaire impulsion d’initiatives populaires de riposte à la droite sans attendre les échéances de 2012 (lire entretien ci-contre).

Controverses au PS sur l’europe

Toujours tiraillé entre plusieurs projets différents, le PS cherche à se rassembler et veut éviter le choc des ego et un congrès « trop violent », selon Pierre Moscovici. Avec pour trame de fond l’objectif largement partagé en son sein d’une recomposition politique organisée autour d’un PS hégémonique. Sur quelle orientation ? La question est largement ouverte. Benoît Hamon, de la gauche du parti, ne croit « pas une seconde » à un PS recentré virant « vers un parti démocrate à l’italienne » (1). Mais d’autres (Ségolène Royal, Moscovici au nom des « strauss-kahniens »…) militent à l’inverse pour un « réformisme » social-démocrate plus assumé, bien que cette orientation puisse être considérée comme responsable en partie de l’échec.

Reste qu’au-delà du choix des mots pour le dire (« économie sociale et écologique de marché », etc.), le débat pourrait bien rebondir autour de leur traduction dans les actes politiques, comme l’a montré la vive controverse, toujours pas éteinte, sur l’Europe et l’attitude à adopter sur le traité de Lisbonne. À moins que les échanges de fond ne soient éclipsés par le choc des ambitions personnelles et de courants, à la faveur de la succession de François Hollande au PS et de la course à l’investiture présidentielle.

(1) Dans l’Humanité des débats de samedi dernier.

Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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