« De la viande une seule fois par semaine »
Lons-le-Saunier (Jura), correspondance particulière.
Les paysans du MODEF et les défenseurs des consommateurs de l’INDÉCOSA-CGT du Jura ont choisi, vendredi dernier, de rencontrer directement les clients d’un supermarché Champion à Lons-le-Saunier afin de dénoncer certaines contrevérités sur les causes de la hausse des prix alimentaires. L’augmentation récente des cours du lait et des céréales ainsi que celle des fruits et légumes exaspère les consommateurs qui n’hésitent plus à accuser les producteurs d’en profiter. Jean Chey, président du MODEF du Jura, tract à la main, s’est appliqué à démontrer qu’il y a peu de corrélation entre la hausse des prix des produits alimentaires et le revenu des paysans : « Entre 1990 et 2002, les prix payés aux agriculteurs ont diminué de 10 % tandis que, pour les consommateurs, les produits alimentaires ont augmenté de 20 %. Dans le même temps, le rendement des actions de Carrefour progressait de 62 %. C’est peut-être parmi les actionnaires spéculateurs qu’il faut chercher les responsables. » La discussion est animée. « Les grandes enseignes savent nous piéger avec de fausses promotions. Aujourd’hui, on regarde bien les prix, mais comment peut-on faire quand on a besoin de lait pour les enfants et que le prix ne cesse de grimper ? Moi, j’ai fait le choix de me restreindre sur la viande. Je n’en mange plus qu’une fois par semaine. », témoigne Marie-Odile, mère de deux enfants. Elle repartira avec deux bottes de radis offertes par un paysan de Saône-et-Loire, désespéré de voir ses légumes vendus deux fois le prix qu’ils lui ont été payés : « Et encore, en promotion. »
La spéculation boursière sur les matières premières, les pratiques de la grande distribution et la politique gouvernementale sont au centre des nombreux échanges tout l’après-midi sur ce parking de supermarché. Le responsable du MODEF fustige le manque de courage politique des responsables gouvernementaux « qui nous répètent à longueur de journée leur impuissance face à l’augmentation des prix. Demain, s’ils le veulent, ils peuvent fixer un coefficient multiplicateur de 1,5 maximum sur les produits alimentaires. Les grandes surfaces survivront et les paysans et les consommateurs retrouveront du pouvoir d’achat rapidement ». Les rencontres entre les paysans et les consommateurs devraient se multiplier dans les semaines à venir. Il y a urgence, car ça grogne dans les rayons.
Alain Cwiklinski
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