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Tribune libre - Article paru le 11 avril 2008 dans l'Humanité

68 votre mémoire au pouvoir

Des noms soulignés en rouge

Henri Faucheur, Dinan (Côtes-d’Armor)

En mai 68 j’effectuais mon service militaire à la base aérienne de Mérignac dans le service des transmissions en tant que télétypiste (messagerie écrite).

Très rapidement nous avons vu le trafic des messages augmenter et nous avons compris que nous remplacions, malgré nous, une partie de l’activité postale. Aussi, avec la complicité des dépanneurs, nous mettions nos machines en panne afin de freiner autant que nous le pouvions. Le rendement baissait notoirement. Nous étions de plus en plus surveillés tant sur le travail fourni que sur nos accès aux messages sensibles. Nous craignions d’être envoyés sur le terrain des manifs et nombre d’entre nous se posait la question : de quel côté vais-je frapper ?

Vers la fin de mai, l’adjudant, inquiet pour les élections à venir, se permit de dire à la quinzaine que nous étions : « Si vous votez socialiste, ils vous mettront entre les mains une mitraillette pour tirer sur vos pères. » Je me suis levé et lui ai dit : « Soyez sans crainte, mon adjudant, je ne voterai pas socialiste. Je voterai communiste. » Visiblement ce n’était pas ce à quoi il attendait. Cette prise de position a généré des discussions politiques dans les chambrées. Bien que non adhérent du parti à cette époque j’étais accusé d’être un communiste. Un des dépanneurs des télétypes était membre de la JC. Nous avons été nombreux à être non seulement soulignés en rouge et surveillés, surtout les sursitaires (droit de vote à vingt et un ans).

Début juin, alors que les accords de Grenelle n’étaient pas terminés, j’ai une nuit blanche très chargée pendant laquelle les messages annonçant les augmentations des soldes des militaires sont arrivés tout au long de la nuit. Le sergent-chef ne me laissait pas les approcher et surtout pas les lire, tout en me demandant comment interpréter le sens de certaines tournures de phrases (il me savait syndiqué à la CGT).

Le matin, la tête réjouie de nos sous-officiers nous a vite fait comprendre que sans avoir eu à manifester ils avaient engrangé de sérieuses augmentations. Certains se remémoraient leur vécu pendant le putsch d’Alger en avril 1961. Leur colonel était dans la salle des télétypes à la sortie des messages. Il les lisait immédiatement pour suivre les événements minute par minute. Son grand souci était d’être du bon coté au bon moment… Visiblement ces jeunes sous-officiers de l’époque en avaient pris de la graine. Au cours de premières permissions en juin, rencontrant nos camarades appelés, nous nous sommes rendu compte que dans certaines casernes les préparations psychologiques avaient été tout autres et que certains étaient prêts à en découdre avec les manifestants.

J’ai terminé mon service militaire en avril 1969, soldat de 2e classe… fier de l’être resté. Quelque temps plus tard j’ai régularisé ma situation vis-à-vis du Parti en adhérant.

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Tag(s) : #Histoire
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