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International - Article paru le 10 avril 2008 dans l'Humanité

Haïti a la faim au ventre

Port-au-Prince . Au moins cinq personnes ont été tuées et des dizaines blessées ces derniers jours lors de manifestations contre la cherté de la vie.

« Lem gran gou pa jouè » : « Quand on a faim, on ne joue pas », dit le proverbe haïtien. Frappé par la flambée des prix des denrées alimentaires, et singulièrement des céréales, Haïti est depuis quelques jours le théâtre de manifestations contre la cherté de la vie. Le mouvement de colère populaire a débuté il y a une semaine aux Cayes (Sud), avant de gagner plusieurs grandes villes du pays. Cinq personnes ont été tuées et quarante autres blessées au cours de ces émeutes de la faim.

À Port-au-Prince, ils étaient des milliers, mardi, à redescendre dans les rues pour la seconde journée consécutive. La manifestation a été émaillée d’actes de violence. Des voitures ont été prises pour cibles et des bâtiments (le siège d’Air France et une succursale de banque) ont été saccagés, a indiqué un journaliste de l’AFP. Au cours d’échauffourées entre des manifestants et des soldats de la Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah), qui faisaient bloc autour du palais présidentiel, au moins huit personnes ont été blessées par balles, dont l’un de nos confrères, Jean-Jacques Augustin, photographe au quotidien le Matin, a rapporté Alterpresse.

Condamnant ces violences, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé son soutien au gouvernement du président René Préval et à la Minustah, cette dernière faisant l’objet de critiques acerbes quant au rôle effectif qu’elle joue dans le pays. Ces déclarations ne devraient rien changer à l’exaspération sociale. Car l’augmentation des prix des aliments et de l’essence a considérablement affecté Haïti, qui figure déjà parmi les pays les plus pauvres de la planète, et où près de 80 % de la population survit avec moins de 2 dollars par jour. En moins de deux mois, le prix de l’essence a en effet subi trois hausses, se répercutant sur les tarifs des transports. Dans le même temps, le prix du riz, la denrée de base, a doublé.

Le 20 mars dernier, le programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel d’urgence extraordinaire à l’attention des gouvernements donateurs qui se réunissent le 25 avril en Haïti. Sans trop d’effet : en début de semaine, la directrice de l’agence, Josette Sheeran, a reconnu que le PAM n’avait reçu que 13 % des fonds demandés.

De leur côté, les autorités haïtiennes ont annoncé le 4 avril dernier qu’elles débloqueraient quelque 10,5 millions de dol-lars du trésor public afin de créer des restaurants communautaires et des emplois, a précisé le premier ministre, Jacques Édouard Alexis. Mais la crise est profonde. « La situation est extrêmement précaire car Haïti a perdu sa souveraineté économique », explique Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur de l’institut culturel KarL-Lévêque (ICKL), un centre de réflexion, d’analyse sociale et d’éducation populaire. Sous les injonctions des politiques néolibérales dictées par la Banque mondiale et le FMI, « Haïti est passé de pays exportateur de denrées alimentaires à pays importateur, analyse-t-il. L’importation de tonnes de riz, entre autres, a eu des effets catastrophiques sur la production nationale. » Et cela ne risque pas de s’arranger. Car, rappelle Marc-Arthur Fils-Aimé, « plus de 60 % du budget gouvernemental provient de l’étranger : la dépendance est totale ».

Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Monde
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