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Société - Article paru le 10 avril 2008 dans l'Humanité

Editorial par Pierre Laurent

Les revanchards

La journée de mobilisation dans les lycées, la cinquième en deux semaines, va permettre au mouvement de franchir une nouvelle étape. Les plus importants syndicats d’enseignants ont décidé d’apporter leur concours actif à cette journée.

Les parents d’élèves des établissements en action seront eux aussi de la partie. C’est donc à des défilés unitaires, lycéens-profs-parents, que l’on devrait assister à Paris et dans de nombreuses villes de province.

Cette convergence est une réplique cinglante à la stratégie de pourrissement qui demeure, pour le moment, très classiquement, la seule réponse du gouvernement et de son ministre Xavier Darcos. Moins classiques, il est vrai, sont les raisons de la mobilisation actuelle. Les lycéens sont entrés dans l’action en prenant tout simplement conscience des effets dramatiques de la suppression de 11 000 postes dans l’éducation à la rentrée prochaine. Mais plus ils avancent dans leur mobilisation, plus ils discutent avec leurs enseignants, font leurs comptes, lisent ce que prépare le gouvernement pour la suite, plus devient clair à leurs yeux qu’il ne spas de quelques effectifs surchargés ici ou là, mais d’une attaque de très grande envergure contre tout le système éducatif public. 11 000 postes sacrifiés cette année, mais des dizaines de milliers d’autres sur tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Une Berezina éducative aux conséquences imprévisibles. Devant une telle évidence, quand Xavier Darcos lâche benoîtement sur LCI que « ce pays n’est pas raisonnable » et parle de réactions « absolument hystériques », qui peut s’étonner que son mépris suscite la colère des lycéens.

Les attaques contre l’éducation ne se limitent pas à la restriction des postes. Ce sont bien les contenus et la qualité des enseignements qui sont visés et, finalement, le droit à l’éducation pour tous. Le gouvernement s’emploie à disperser les fronts : réductions budgétaires dans le secondaire, révision des programmes du primaire, mises en cause répétées de la maternelle, mise en concurrence des universités… mais il s’agit bel et bien d’un édifice cohérent de remodelage de tout le système d’enseignement.

Le projet de loi adopté hier en Conseil des ministres, abusivement baptisé « mobilité des fonctionnaires », n’est en fait rien d’autre que l’accompagnement d’une politique de diminution systématique des effectifs de fonctionnaires. Tout cela est conforme à l’objectif de non-remplacement d’un départ en retraite sur deux et l’amaigrissement général des politiques d’investissement public. Le gouvernement qui supprime les crédits du RSA est prêt à dépenser de l’argent pour un énorme « plan social » visant les agents de l’État.

Face à l’ampleur des attaques en cours, les luttes vont avoir besoin de convergences renforcées. Le 11 mai, après toutes les vagues de congés scolaires, sera une très grande journée nationale d’action pour l’éducation.

D’ici là, les lycéens ne lâchent pas et ils ont raison.

Parce que c’est leur avenir qui se joue, mais aussi parce que le gouvernement est en train de dangereusement radicaliser sa politique dans tous les domaines.

L’humiliation infligée hier par François Fillon et le groupe UMP de l’Assemblée à la secrétaire d’État à l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet en dit long sur l’esprit de revanche qui règne à droite. Sommée de présenter des excuses publiques à Jean-Louis Borloo et Jean-François Copé après des propos que lui avait prêtés le journal Le Monde, la secrétaire d’État a dû s’exécuter.

En fait, ce qui ne passe pas à droite, c’est l’amendement limitant les cultures OGM qu’a réussi à faire voter le député communiste André Chassaigne. Mme Kosciusko Morizet est accusée de laxisme par ses pairs. Le premier ministre a promis de liquider cet amendement en seconde lecture. Contre cette prétention, une bataille s’engage. Largement menée dans le pays, elle peut être gagnée.

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Tag(s) : #Politique
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