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Des députés UMP va-t-en-guerre



Assemblée . La droite a repoussé hier la motion déposée par toute l’opposition contre l’alignement de la France derrière les États-Unis dans l’OTAN et dans le conflit afghan.

Le temps de l’unité nationale autour d’une diplomatie française indépendante des États-Unis est révolu. En proposant de réintégrer la France dans le commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) d’ici 2009 et d’envoyer, contrairement à son engagement entre les deux tours de la présidentielle, un renfort de troupes françaises de 700 hommes à l’appui de l’armada américaine déployée en Afghanistan, Nicolas Sarkozy a rompu un consensus qui durait depuis 1966 et la décision du général de Gaulle de sortir la France du commandement de l’OTAN. Un acte qui avait alors donné lieu à l’époque au dépôt d’une motion de censure par la SFIO. À quarante ans d’intervalle, et dans un tout autre contexte géopolitique, l’épisode se répète à l’occasion du tournant stratégique majeur impulsé par Nicolas Sarkozy, mais à front renversé, les socialistes d’hui dénonçant l’alignement atlantiste de la droite française.

Le « bras armé » des États-Unis

La motion de censure, débattue hier à l’initiative du PS et cosignée par le PCF et les Verts et repoussée sans surprise, illustre la fracture du pays provoquée par le revirement sarkozyste. Même si son accouchement fut difficile, fruit d’âpres batailles internes au PS qui ont vu s’affronter la direction du parti, favorable à une motion « fourre-tout » qui ne ferait pas l’impasse sur la situation économique et sociale, aux partisans de « l’aile gauche » qui craignaient un message « inaudible » et souhaitaient une opposition plus marquée à l’atlantisme sarkozyste. Ceux-ci ont finalement eu gain de cause.

227 députés de gauche (l’Assemblée nationale compte 577 sièges) ont voté la censure du gouvernement, hier. François Hollande, qui a présenté la motion au nom de toute la gauche, a mis en avant « deux refus ». Premier d’entre eux : celui du « changement de nature de l’engagement de la France en Afghanistan », selon le premier secrétaire du PS. Les socialistes y voient une fuite en avant dans le « tout militaire » qui « a échoué ». Second refus, consubstantiel du précédent : celui de la réintégration de la France dans l’OTAN, une « décision fâcheuse pour la France » et « contradictoire avec la stabilité du monde ». Dans le projet de George Bush, l’OTAN est « le bras armé d’un bloc occidental substitut à l’ONU pour imposer ses valeurs. Cette dérive, jusque-là refusée par la France, est aujourd’hui acceptée par le chef de l’État », a fustigé le patron des socialistes. La semaine dernière, lors d’un premier débat parlementaire sur l’Afghanistan, Jean-Claude Sandrier (PCF) avait exprimé une condamnation similaire. « Notre groupe dénonce aussi la dérive atlantiste du président de la République, qui s’est déjà manifestée à plusieurs reprises. D’abord, par une cour à George Bush, à contretemps de l’opinion des Américains eux-mêmes et du sentiment mondial. Dérive atlantiste encore, quand le gouvernement soumet la construction de la politique de sécurité et de défense européenne à une intégration plus forte de la France dans l’OTAN, alors même que la seule justification de l’existence d’une telle politique, c’est son autonomie et son indépendance », avait dit Jean-Claude Sandrier.

Propos inquiétants de Fillon

Le chef du gouvernement, François Fillon, était attendu au tournant, après une intervention jugée peu convaincante par ses troupes qui l’avaient peu applaudi lors du premier débat. À droite, en dépit du ralliement quasi général à Nicolas Sarkozy, la page du gaullisme reste encore difficile à tourner. L’ancien premier ministre, Dominique de Villepin, porte-parole du non français à la guerre en Irak à l’ONU en 2003, n’a pas manqué de se faire à nouveau le porte-voix de l’« indépendance » de la diplomatie française, en fustigeant dans les médias un projet « dangereux ». Un avis qui trouve des échos chez les députés souverainistes, notamment. François Fillon a tenté de contourner l’obstacle en rappelant le rôle en 2001 de Lionel Jospin dans l’engagement de la France en Afghanistan et l’opposition historique de la gauche à de Gaulle.

Reste le discours belliciste inquiétant du premier ministre, quand il a raillé un prétendu « antiaméri-canisme primaire » de la gauche : « Ne pas ajouter la guerre à la guerre, c’est la formule employée par les communistes au moment de l’intervention au Kosovo et qui a toujours servi à la victoire des dictatures et à la défaite des démocraties. » François Fillon a aussi justifié l’engagement militaire « contre ceux qui martyrisent leur propre peuple », dans le droit fil des arguments employés par les faucons américains pour justifier la guerre en Irak en 2003…

De quoi justifier toutes les craintes des opposants au traité européen de Lisbonne qui consacre l’inféodation de la future Europe de la défense à l’OTAN, après les déclarations de Georges Bush sur son caractère « utile et nécessaire » et celle de Nicolas Sarkozy, reprise hier par François Fillon : « Laissons cheminer l’Europe de la défense et nous continuerons à cheminer vers l’OTAN. »

Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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