Intervention d'Henri Poullot au colloque du Sénat
21 février 2008
Pour comprendre la situation actuelle et les causes de cette évolution de la société, il faut se souvenir que l’extrême droite française d’aujourd’hui s’est reconstituée, pour l’essentiel, à partir des mouvements nés pendant ou juste après la guerre d’Algérie. Issue de l’OAS(1), du "GUD", elle s’est mutée en "Ordre Nouveau", "Occident", ou "Front National". Le président de ce mouvement n’est autre qu’un ancien jeune député poujadiste, un certain Jean-Marie Le PEN, qui démissionna de son mandat parlementaire en 1956 pour s’engager chers les paras afin de casser du "bougnoule" selon son expression d’alors. Il excella dans l’habit de tortionnaire. Sur le fond, il n’a pas vraiment changé, il défend les mêmes valeurs, même si le langage est devenu un plus feutré.
Une partie de la droite, avec à sa tête l’UMP, a décidé, après le "succès" de l’extrême droite aux élections présidentielles voyant Jean-Marie Le Pen au second tour, de "chasser" sur ce terrain en voulant siphonner les idées lepénistes. Deux axes, alimentés par l’idéologie coloniale se sont exprimés de façon privilégiée : une réhabilitation du colonialisme, avec l’intention de tenter de présenter comme positif le rôle de ce système mis en place par la France sur son empire, et l’autre une complaisance, si ce n’est connivence avec le lobby OAS. Des projets de lieux de mémoire privilégiant la colonisation existent déjà comme à Port-Vendres ou sont en gestation, comme en particulier le mémorial d’outre-mer à Marseille, sous l’impulsion du Maire Jean-Claude Gaudin, qui devait ouvrir en début 2007 mais qui a pris du retard, sans doute à cause, pour une bonne part, des réactions de nombreuses organisations contestant cette orientation. La Cité de l’histoire de l’immigration à Paris, qui a ouvert en octobre 2007 dans l’ancien pavillon qui abrita l’exposition universelle coloniale de 1931, n’est pas très explicite, ni critique sur cette période de notre histoire et l’immigration coloniale. A Perpignan, le 25 novembre dernier, a été inauguré, avec le soutien de la municipalité, avec la caution du gouvernement (présence de M. Marleix, secrétaire d’état aux A.C.) un "Mur des Disparus d’Algérie de 1954 à 1963". Le comble, c’est que sur ce mur figurent le nom de personnes toujours vivantes, dont certaines avaient été condamnées à mort par l’OAS pour leur positionnement anticolonial. Un "Musée de la Présence Française en Algérie" est programmé et devrait ouvrir dans quelques mois, avec un budget municipal d’investissement de 800.000€ et une aide annuelle de fonctionnement fournie par la ville de 150.000€.
Un volet très préoccupant est la réapparition au grand jour de la mouvance OAS. Sur Internet, depuis 2002/2003 une multitude de sites ont été lancés et popularisent sans vergogne les idées diffusées par cette organisation pendant la Guerre d’Algérie. L’un de ces sites "phare" est celui de l’ADIMAD-OAS (L’ADIMAD c’est : l’Amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et Matériels des Anciens Détenus et exilés politiques de l’Algérie Française. Le Président Jean-François COLLIN souhaitait la bienvenue sur ce site par ces mots : "Vitrine du juste combat de l’Algérie Française. L’ADIMAD c’est 928 membres de l’Organisation dont 756 anciens détenus."). La carte d’adhérent de son président que l’on trouve sur ce site est tout un programme(2). En effet l’essentiel de leur objectif est de présenter ces quatre personnages comme des "héros" et de les honorer publiquement. Qui sont-ils ? Roger Degueldre, Jean-Marie Bastien-Thiry, Albert Dovecar et Claude Piegts, des exécutants d’actes de terrorisme ayant visé le Président de la République, des fonctionnaires, des militaires et surtout beaucoup de civils. Ils ont été condamnés à mort et fusillés et c’est pour cela qu’ils sont considérés comme des héros et glorifiés. Le président de cette association n’est autre que Jean-François Collin qui, tout jeune sous-lieutenant avait participé au putsch d’avril 1961. Il est présenté comme l’un des membres du commando qui tenta par deux fois d’assassiner Yves le Tac, ce gaulliste, résistant de la première heure, sur son lit d’hôpital du Val de Grâce à Paris. Il a été également été élu conseiller municipal du Front National à Hyères (83).
Je ne détaille pas dans ce document les implantations à la gloire de l’OAS, de l’Algérie Française, et les connivences d’élus de l’UMP et de sa mouvance, y compris de ministres et même du Premier Ministre. Une exposition et une documentation sur mon site en donne une idée. Comment les plus hautes autorités de l’Etat, relayées par les préfets, peuvent-elles exiger que les valeurs de la République soient respectées, quand elles-mêmes tolèrent qu’elles soient bafouées par de telles démonstrations ?
Je tiens à rappeler que deux crimes d’Etat commis à Paris les "17 octobre 1961" et "8 Février 1962" n’ont toujours pas été condamnés. Dans les deux cas c’est le Préfet de Police de la Capitale qui porte la lourde responsabilité des massacres perpétrés par ses forces de "maintien de l’ordre". La répression organisée par la police ce 17 octobre face à la manifestation pacifique des Algériens contre le couvre feu raciste a causé plusieurs centaines de morts dont beaucoup noyés dans la Seine. La charge de CRS au Métro Charonne a fait 9 victimes. Maurice Papon, condamné pour sa responsabilité quant à la déportation de milliers de juifs pendant la seconde guerre, s’était "distingué" en Algérie au début de cette Guerre : il n’a jamais été inquiété pour autant, et pas même pour ces deux crimes d’Etat commis par ses policiers. Il a pu mourir tranquille, comme Pinochet, sans avoir à répondre devant la justice de ses forfaits dans ce domaine. De même, les crimes contre l’humanité commis au nom de la France dans cette gestion de l’empire colonial n’ont toujours pas été condamnés.
La loi du 23 Février 2005 n’est pas un accident de parcours
C’est l’aboutissement d’une consécration voulue. Initiée par Philippe Douste Blazy, son objectif était de graver dans le marbre tout un négationnisme de l’histoire, par une législation française, en utilisant les relents de cette guerre d’Algérie. L’alinéa 2 de son article 4, qui a finalement été retiré du texte législatif, mais reste conservé en directive, était certes le plus marquant. Il disait : "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord…" Cette loi, au départ présentée comme une démarche de réparation, principalement au profit des harkis, a complètement été détournée de cet objectif initialement annoncé. Au moins 4 articles qui y figurent toujours concrétisent cette volonté de réhabilitation du colonialisme.
Cette loi, initialement présentée comme technique, devant simplement réparer une injustice, a été amendée et a évolué pour devenir un texte officiel de reconnaissance du colonialisme comme une chose positive, discutée presque en catimini. La très grande majorité des parlementaires n’y pas porté une attention particulière, même les élus socialistes ou communistes. Des associations de Harkis ont contesté, dès le début, cette dérive les instrumentalisant pour faire passer d’autres objectifs, mais elles n’ont pas été entendues. Ce n’est qu’à sa promulgation que des historiens se sont révoltés face au rôle qu’on entendait leur faire jouer dans ce domaine. A partir de ce moment là, une campagne a démarré autour de la Ligue des Droits de l’homme et s’est très vite élargie, pour contester l’idéologie qu’allait engendrer cette loi. Le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les Peuples) a coordonné un collectif qui a permis à plus de 60 organisations de signer afin de demander l’abrogation de cette loi et programmé une manifestation sur Paris. Devant cette montée progressive de la prise de conscience collective et l’ampleur de la protestation, dans un premier temps, le parlement a été saisi, mais il a confirmé son vote. C’est alors que Jacques Chirac, le Président de la République, se rendant compte que l’opinion publique ne pouvait accepter ce négationnisme historique, a décidé de demander au Conseil constitutionnel de "déclasser" cet alinéa qui sera donc retiré de la loi. Cette décision, même limitée dans son ampleur, est très importante : elle constitue une remise en cause d’un vote parlementaire par un courant populaire s’exprimant avec force. Elle a désamorcé en partie ce mouvement. Cependant une trentaine d’organisations maintenaient l’appel au rassemblement devant l’Assemblée Nationale, pour demander l’abrogation complète de cette loi, et la réécriture d’un texte d’indemnisation devant prendre en compte également ceux toujours oubliés, ceux qui ont été condamnés, pour s’opposer à la Guerre d’Algérie, à la torture… : en un mot, ceux qui ont été l’honneur de la France dans cette période. A ce rassemblement du 23 Février 2006, je concluais mon intervention publique de coordonnateur par ces mots : "Un premier recul a été imposé au pouvoir politique par le mouvement d’opinion publique condamnant la loi du 23 Février 2005 : il reste maintenant à tout faire pour que le colonialisme entre et reste au musée de l’histoire. Espérons que nous sommes assez près de l’hémicycle de L’Assemblée Nationale pour que les parlementaires entendent notre appel pour l’abrogation de cette loi de la honte. Le combat pour les droits de l’homme reste d’une réelle actualité, et si nous voulons que les mots LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE écrits aux frontons de nos mairies gardent un sens, une très forte mobilisation citoyenne est encore indispensable."
Je voulais insister pour bien montrer qu’il n’y a pas un seul accroc fortuit aux principes républicains, un seul incident, mais bien une "logique" politique dans ce domaine.
A mon avis il y a plusieurs raisons à une telle démarche : c’est sans doute pour dédouaner les anciens dirigeants politiques encore vivants, très impliqués dans cette responsabilité, d’avoir été des acteurs concrets de cette mise en oeuvre de la gestion coloniale de l’empire, et la volonté de la maintenir, ou dédouaner au moins les formations politiques qui les ont conduites. En tentant de faire accréditer par les jeunes générations que le colonialisme avait été positif pour les populations qui l’avaient subi, il y a moins de risques de mises en causes de personnalités de premier plan. Mais cette motivation est certainement secondaire.
Il y a évidemment aussi une volonté de clientélisme électoral sensible à la nostalgie du colonialisme, pour lequel l’Algérie Française reste un modèle de civilisation, mais cet argument, à lui seul, ne pourrait être que marginal, et plutôt localisé.
D’autres motivations plus profondes en sont certainement les vraies raisons.
La droite, et à sa tête Nicolas Sarkozy, à développé depuis 2002 un débat sur plusieurs notions tournant sur le concept de changement de société. De nombreux discours font référence à des valeurs morales, du bien et du mal, comme dans l’Amérique de Georges Bush. Souvent des références religieuses sont sous entendues. Depuis quelques mois des propos mettent en cause la conception de la laïcité à la française, allant même jusqu’à privilégier la morale religieuse comme valeur de référence.
L’apologie du colonialisme s’inscrit dans cette démarche idéologique, en l’incluant dans un projet de société, en cherchant à enraciner
cette conception xénophobe qu’il existe toujours des hommes qui "auraient besoin de l’apport d’une civilisation supérieure", que certains peuples restent des attardés, incapables de s’adapter au
monde d’aujourd’hui. Le discours de Sarkozy à Dakar est significatif à ce sujet. C’est un retour idéologique de près de 100 ans, des années 1930 avec l’exposition coloniale, les zoos humains,
cherchant à justifier l’oeuvre positive de la civilisation française dans les colonies. Le long discours de Nicolas Sarkozy à Toulon du 7 février 2007 (près de 2 heures) est significatif à cet
égard. Je ne citerai que quelques phrases marquantes. C’est une analyse de sa conception de pensée dans ce domaine. Je cite : "Ici (Toulon) où tout a commencé, au bord de cette mer qui ne mène pas à des terres inconnues mais aux rivages familiers vers
lesquels depuis des millénaires nous tournons nos regards et nos pensées à chaque fois que nous rêvons d’une certaine idée de l’homme et de la civilisation. … Le drame algérien, l’occultation du
passé colonial, la mode de la repentance ont contribué à nous rendre étrangers à ce qui avait été si longtemps et si naturellement un prolongement de nous-mêmes. Que tous nos regards se soient
tournés exclusivement vers le Nord et vers l’Est, que le Sud ainsi fût oublié intellectuellement, culturellement, moralement, politiquement, économiquement, que la Méditerranée cessât d’être un
lieu d’où jaillissait pour nous la richesse, la culture et la vie, qu’elle cessât de représenter une promesse pour ne plus constituer qu’une menace, n’est pas pour rien dans la crise d’identité
et la crise morale que nous traversons. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? Faire une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes
des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à
la mondialisation.
Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée".
Puis les propos humiliants tenus à Dakar cet été, visant les Africains, et qui s’adressent également à une population française issue de ces pays africains ainsi stigmatisée. Cela vise en effet aussi de façon très implicite les membres de ces familles implantées en métropole, qui ne sont donc pas logiquement, selon ce discours, de vrais français. Il reprenait en somme ce qu’il disait à Toulon 6 mois plus tôt : "Ca ne peut plus durer les femmes moins payées que les hommes, les mariages forcés, la loi des grands frères, la polygamie, l’excision… Ça ne peut plus durer les valeurs de la France bafouée, l’histoire de France répudiée, la nation dénigrée." La remise en exergue de ces "valeurs" du colonialisme permet de rendre cohérent le langage et les stéréotypes mémorisés dans le subconscient collectif qui font la liaison entre les relents du colonialisme et ceux de l’immigration. Je veux insister sur cette expression usuelle, entendue tous les jours profondément stigmatisante : "issus de l’immigration" pour des jeunes ou des français, ou même ses dérivées plus récentes "minorités visibles" ou "diversité non visible", des euphémismes discriminant une catégorie de français ou de citoyens. Car si l’on fait bien attention, ce vocable « issus de l’immigration », cela ne vise pas Monsieur Sarkozy, et pourtant ! ni ceux venant d’Italie, du Portugal, de Hongrie ou de Pologne… : dès qu’ils sont Français, ils le sont à part entière. Par contre ceux qui ont des ascendants originaires des colonies ne le seront jamais totalement, ce seront toujours des sous-citoyens, une sorte d’indigènes pas encore tout à fait bien civilisés, même si leurs parents, grands parents, depuis plusieurs générations étaient français selon l’état civil.
Cette ségrégation, cette politique discriminatoire, très forte dans les années 1960/70, quand le patronat a fait venir par centaine de milliers des manoeuvres pour faire face au besoin de développement économique dans l’automobile, les chantiers publics, les mines, le ramassage des ordures… ont été entretenues par un refus de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Parqués d’abord dans des bidonvilles, puis dans des cités ils ont été confinés à des citoyens de seconde zone, n’ayant pas le droit de vote, écarté donc de la vie de la gestion de la cité. Cette marginalisation institutionnalisée, pèsera inévitablement sur la génération issue de cette immigration post-coloniale, d’autant plus que le chômage, les conditions sociales, les déracinements, les regroupements géographiques dans des cités devenant des zones de discrimination rendent les conditions de vie de plus en plus difficiles.
Cet afflux de population de ces années 1960/70 a permis de maintenir des liens familiaux, de communautés entre ces anciennes colonies et
certains de nos quartiers populaires : il n’est pas rare que l’on retrouve des groupes de familles toutes originaires d’un même village africain ou maghrébin parce que les recruteurs de chez
Renault ou Talbot avaient fait venir d’un même village une série de familles pour travailler dans un même atelier. Avec la politique de Françafrique que je ne développerai pas ici, mais dont je
rappelle les principaux concepts :
Continuité de l’exploitation des richesses locales par les multi-nationales ne permettant pas à ces
états de tirer profit de ce potentiel.
Utilisation de la corruption pour maintenir un pouvoir et ses rouages au service de l’ancien pays
colonisateur. Soutien de dictateurs, les aidant, y compris militairement, à conserver leur domination
Maintien de la population locale dans le plus grand dénuement.
Il n’est pas étonnant que des réseaux d’immigration vers la France soient naturels, notre pays ayant une telle responsabilité historique d’avoir "importé" cette main d’oeuvre.
N’oublions pas l’anecdote, mais elle est symbolique : les vacances du Président de la République, dès son élection en mai 2007, sur le palace flottant de la famille Bollorée montrent les liens étroits entre cette droite au pouvoir en France et ces milliardaires qui ont fait, et qui continuent de faire fortune par l’exploitation des mines, ports… en Côte d’Ivoire et au Togo, en collusion avec leurs amis dictateurs en place qu’ils ont tout intérêt à aider à ce qu’ils restent en place. Cette collusion, nécessite le maintien du système de cette nouvelle forme de colonialisme.
Maintenir des pratiques de type colonial, l’esprit colonial, c’est poursuivre l’exploitation de travailleurs auxquels ont conteste l’égalité des droits, qu’on peut sur exploiter et qui pèsent sur le "marché du travail" pour les autres travailleurs. On voit bien que les mesures de "régulation" de l’immigration sont inopérantes. Les lois Pasqua, Chevènement, Sarkozy ou Hortefeux ne règlent rien. Ce ne sont pas même 25.000 reconduites à la frontière par an quand il y a entre 400 et 600.000 « clandestins » qui peuvent solutionner la situation : il faudrait 15 à 20 ans pour les renvoyer dans leur pays d’origine, à condition que les frontières deviennent "étanches", ce qui est illusoire. De plus ces immigrés travaillent dans la quasi-totalité des cas, sans être déclarés normalement, et heureusement d’une certaine façon, sinon, il faudrait qu’ils se transforment en malfrats pour subsister. Mais le patronat utilise cette main d’oeuvre bon marché, qui ne peut revendiquer, pour les sous payer, pour mettre en cause le statut des salariés officiellement déclarés. Ces travailleurs clandestins sont de fait des sortes d’esclaves modernes.
C’est donc un double scandale, de fait, ils font prospérer l’économie française mais leur dignité d’hommes est mise en cause. Traqués par la police, sous la crainte permanente d’être arrêtés, placés en centres d’internements, renvoyés dans un pays qu’ils ont fuit pour des raisons diverses (souvent à cause de la misère générée par la domination de ces anciens pays colonisateurs) et ce au mépris du respect de la famille, des enfants… Les exemples au quotidien que nous vivons avec eux nous font honte ! Honte qu’en France, des hommes des femmes soient considérés de façons aussi inhumaines.
Cette volonté de "cultiver" une société composée de citoyens à part et de sous citoyens devant garder un statut issue d’une civilisation de type colonialiste, permet ainsi de pérenniser la précarité institutionnalisée. En cherchant à ancrer dans les mentalités que les immigrés d’aujourd’hui sont en fait des indigènes d’hier, que ceux qui veulent venir en France, en fait correspondent à ceux que l’on considère toujours des issus de l’immigration, parce qu’une majorité vient de ces même pays de cet ancien empire colonial. La constitution du ministère de l’identité nationale, c’est une façon d’enraciner cette idée, qu’une partie des Français ne doivent jamais pouvoir être des Français à part entière parce qu’ils auraient "besoin" de ce civiliser. Ces discours utilisant l’apologie du colonialisme, les choix de politique de civilisations tendent, par la xénophobie entretenue officiellement par les dirigeants de notre pays à cultiver un racisme quasi naturel. Racisme dû à l’amalgame fait entre le colonialisme qui serait positif pour faire progresser des populations attardées, et des immigrés qui sont justement ces indigènes qui veulent nous envahir. Ce poison distillé au quotidien doit retenir notre attention et mettre en oeuvre notre vigilance pour le combattre.
Une annonce odieuse, démonstratrice.
Le Ministre de la Honte, en décidant de vouloir supprimer le droit traditionnel français qui a toujours existé : l’acquisition de la nationalité française par la naissance sur le sol Français, fait une démonstration éclatante de mes propos. Il renvoie la population de Mayotte à son ancien statut de peuple colonisé, en considérant que ses habitants redeviennent des sous citoyens français, les indigènes d’hier, et ce pour "régler" ce qu’il déclare être une immigration clandestine, qui n’est rien d’autre qu’une coutume ancestrale de rencontres d’échanges, de mêmes familles vivant sur des iles voisines. Et quand il tente de justifier que cette mesure n’est que transitoire, un test, quel danger, quel engrenage vers une atteinte aux valeurs traditionnelles, humanistes de la France. Soyons vigilants pour empêcher ce mauvais coup.
Pour une journée nationale contre le colonialisme d’hier et d’aujourd’hui.
N’oublions jamais les crimes engendrés pendant des siècles par le colonialisme : le remettre à l’honneur serait un nouveau crime conte l’humanité que l’on tolèrerait. C’est pourquoi, au nom du MRAP, en l’occasion de cette seconde semaine anti-coloniale, je voudrais proposer qu’une réflexion soit menée pour qu’une journée nationale soit consacrée à la commémoration des victimes du colonialisme d’hier et à la lutte contre le colonialisme d’aujourd’hui. Sans tomber dans la guerre des mémoires, sans hiérarchiser les victimes des différents types de crimes, sans multiplier les journées qui devraient permettre d’attirer l’attention des consciences aux atteintes portées à la dignité humaine, nous proposons qu’un débat soit lancé pour rechercher la meilleure solution afin de combattre ce fléau du racisme qui menace toujours l’humanité, même pour ce 21ème siècle.
(1) OAS : Organisation Armée Secrète : Organisation Armée Secrète, elle se constitue en 1961, à la suite du putsch manqué d’avril 1961. Elle commettra des milliers d’attentats aussi bien en Algérie qu’en France aussi bien contre les personnes que les biens. Selon l’historien Charles-Robert Ageron, l’effroyable bilan des crimes de cette organisation s’élève à 2.200 morts (dont 71 en France), 5.148 blessés (dont 399 en France), 12.999 explosions au plastic, 2.546 attentats individuels et 510 attentats collectifs. Son action était basée sur le terrorisme et les crimes racistes comme les "ratonnades" ces "chasses" aux "bougnoules", aux "ratons", et à ceux supposés les aider ou les soutenir, donc suppôts du FLN.
(2) Ces données ont été extraites du site de l’ADIMAD-OAS, carte de membre de cette association de son président, avec les photos de ces tueurs figure sur mon site http://www.henri-pouillot.fr
La Relance de l’apologie du colonialisme remonte à 2002
C’est principalement à partir de 2002, après les élections présidentielles, avec la présence de l’extrême droite au second tour des élections présidentielles, que l’on constate que la droite française se lance dans une campagne idéologique autour de la résurgence de l’apologie du colonialisme. Auparavant, cette notion semblait frappée d’obsolescence, dépassé, même si dans l’opinion publique, en majorité, restait une idée que cette période considérée comme révolue avait globalement apporté une évolution positive de civilisation aux populations colonisées, comme des sondages ont pu le montrer. Cette conception civilisatrice du siècle des "lumières" guidant la révolution est restée un mythe très fort.
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