L’aide de Paris aux pays pauvres en berne
Le bilan n’est pas flatteur. « Pour la première fois depuis 2001, l’aide publique au développement (APD) française aura diminuée en 2007 », souligne la plate-forme d’ONG Coordination Sud. En passant de 0,47 % de son revenu national brut consacré au développement en 2006 à 0,39 % en 2007, la France fait partie des pays qui connaissent le plus fort recul en la matière, selon le bilan publié vendredi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
l’aide gonflée artificiellement
« Il est choquant que notre pays fasse figure de mauvais élève de l’Europe, quand d’autres pays européens maintiennent leurs efforts », souligne l’organisation Oxfam France-Agir ici. Comme pour les autres pays de l’OCDE, le recul de l’APD française est surtout lié à la baisse des dons octroyés au titre d’allégements de la dette. En 2005 et 2006, les fortes réductions des dettes accordées à l’Irak et au Nigeria avaient permis aux pays riches de gonfler artificiellement le montant de l’aide, sans avoir à grever leurs budgets. Il n’y a plus cette année assez de dette facile à effacer pour permettre la continuation de ce tour de passe-passe.
« Nous sommes engagés à atteindre un niveau d’aide publique au développement de 0,7 % du RNB à l’horizon 2015 », s’est défendu vendredi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Se faisant, elle a confirmé que Nicolas Sarkozy renonçait à parvenir à ce montant en 2012, comme s’y était pourtant engagé au nom de la France son prédécesseur en 2002, privant ainsi l’APD de 17 milliards d’euros. L’aide française reste de plus gonflée par des dépenses sans lien avec le développement. Si la part allouée en réduction de dette est passée entre 2006 et 2007 de 35 à 18 %, plus de 340 millions d’euros restent destinés aux territoires d’outre-mer. Près de 900 millions d’euros sont toujours destinés aux frais de scolarité des étudiants étrangers et plus de 300 millions à l’accueil des réfugiés. Seule bonne nouvelle, l’aide réelle, une fois enlevés tous ces postes de dépenses annexes, a légèrement augmenté, de 4,9 à 5,2 milliards d’euros.
vielles amitiés et besoins réels
Le choix des destinataires de l’APD française reste aussi discutable. Une large part est allouée sous forme de prêts à des pays déjà émergents comme la Chine ou l’Afrique du Sud. Et quand l’aide est octroyée à des pays en développement, notamment en Afrique, c’est plus en fonction de vielles amitiés que de besoins réels, ce qui a permis à des pays riches en pétrole comme le Gabon ou le Congo Brazzaville d’êtres d’im-portants destinataires de l’APD.
Cette dernière anomalie n’est pas près de changer, comme l’a appris à ses dépens l’ancien secrétaire d’État à la Coopération J.-M. Bockel. Ses déclarations en janvier sur la légitimité douteuse d’une « aide attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources » ont fini par lui coûter sa place. Mécontent, le président gabonais Omar Bongo a obtenu sans peine sa rétrogradation aux Anciens Combattants.
Camille Bauer
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