A Aulnay, l'UIMM a financé la fermeté de PSA
« La force des travailleurs, c’est la grève », avaient scandé, pendant six semaines l’année dernière, plusieurs centaines d’ouvriers de PSA Aulnay (Seine-Saint-Denis), bien calés dans un solide mouvement pour obtenir une augmentation salariale. Et, pendant ce temps, la force de leurs patrons, on en a eu une nouvelle confirmation hier matin, c’était la caisse « anti-grève » de l’UIMM. Suite à une information publiée dans « l’Express de cette semaine, le constructeur automobile vient de reconnaître avoir, à l’issue du conflit social, touché 550 000 euros du fonds patronal dit « Entraide professionnelle des industries de la métallurgie » (EPIM). D’après la nouvelle direction de l’UIMM, cette discrète caisse « antigrève », qui défraie la chronique depuis les premières révélations sur les opaques transactions en liquide de l’UIMM, a contribué, en partie, à la constitution des faramineuses « réserves » de la puissante fédération patronale, évaluées à 600 millions d’euros, et l’EPIM, toujours en service l’année dernière, avait perçu 675 000 euros de cotisations abondées par 150 boîtes environ pour 574 000 euros d’indemnisations reversées à « deux ou trois entreprises ».
Fidèle à une très longue tradition de discrimination à l’égard des militants syndicaux, adepte de la main lourde contre les grévistes et architecte d’un système de relations sociales basé sur le « syndicalisme maison » (le groupe a longtemps entretenu, dans ses usines, des bastions de la CFT, de la CSL et aujourd’hui SIA), le groupe PSA Peugeot-Citroën, resté très ferme pendant la grève d’Aulnay, se retrouve quasi naturellement en tête des derniers bénéficiaires du système antisocial mis en oeuvre au sein de la fédération patronale de la métallurgie. « Nous avons fait une demande écrite à l’UIMM pour obtenir une aide financière de solidarité, compte tenu de l’impact économique de la grève, et l’UIMM y a répondu favorablement, détaille un porte-parole du constructeur automobile. Il y a bien eu un versement de 550 000 euros par chèque, en ligne avec l’action de notre syndicat professionnel et en toute transparence. » Selon l’Express, PSA aurait versé sa cotisation de 50 000 euros à l’EPIM « pratiquement » au moment de la grève.
À Aulnay, la CGT est ulcérée. « Quand le scandale de la caisse noire de l’UIMM a éclaté à l’automne, on a demandé dans toutes les instances, au comité d’entreprise (CE) ou par l’intermédiaire des délégués du personnel, si l’entreprise avait touché de l’argent à l’occasion de la grève du printemps 2007, rappelle Jean-Pierre Mercier, secrétaire adjoint CGT du CE. Ils ont toujours nié avoir été encouragés à ne pas satisfaire nos revendications et refusé d’évoquer le montant de leurs cotisations à l’UIMM… » Le syndicat « exige la transparence et l’arrêt de ces méthodes antisyndicales d’un autre temps ». Sombre ironie de l’histoire : pendant leur grève à Aulnay, les syndicalistes avaient chiffré à 500 000 euros le coût du conflit social pour les grévistes et leur « caisse de grève », gérée par une association loi 1901, avait, elle, permis de récolter 175 000 euros qui ont servi à indemniser 600 grévistes. « C’est du deux poids deux mesures, s’indigne encore Jean-Pierre Mercier. Le patronat se dédommage en petit comité dans l’opacité la plus totale et, à notre association de solidarité avec les grévistes, le préfet bloque toujours une subvention de 10 000 euros, versée en toute transparence par la ville de Saint-Denis… »
Thomas Lemahieu dans l’Humanité du 8 avril 2008
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