Une guerre qui rapporte…
Près de 40 % des 15 milliards de dollars d’aide réellement attribués - sur les 25 milliards promis - par les grandes puissances à l’Afghanistan pour sa reconstruction vont dans les poches de bureaux d’études ou de sociétés de mercenaires. Ce scandale vient d’être révélé par un rapport de l’Agence de coordination de l’aide à l’Afghanistan (ACBAR) regroupant 94 agences d’aide. L’auteur du document, Matt Waldman de l’ONG britannique Oxfam a estimé que 6 milliards de dollars ont ainsi été détournés, soit l’équivalent de vingt ans de budget du ministère de l’Éducation afghan…
L’ACBAR a calculé que les deux tiers de l’aide qui arrivait en Afghanistan ne passaient pas par le gouvernement afghan avant d’être distribués. Par ailleurs, les autorités afghanes se disent incapables de savoir où sont passés près de 5,3 milliards de dollars. Sans doute s’agit-il d’une partie des sommes qui ont été directement versées par les troupes d’occupation de l’OTAN à des seigneurs de guerre ou à des chefs taliban pour, prétendument, les convaincre de déposer les armes.
Un autre scandale vient d’éclater : l’International Herald Tribune du 28 mars vient de révéler qu’une société états-unienne, AEY, a livré aux forces afghanes pour trois cents millions de dollars de munitions inutilisables parce que périmées. Le contrat signé en janvier 2007 avec le Pentagone par le PDG de cette officine, Efraim Diveroli ne prévoyait aucun contrôle de qualité. Ce jeune aventurier âgé à peine de vingt et un an a revendu des munitions vieilles de plus de quarante ans provenant d’arsenaux désaffectés d’Albanie, de Bulgarie, de Hongrie et d’autres pays d’Europe centrale ainsi que du Kazakhstan.
Quant au trafic de drogue, il n’a jamais été aussi rentable, tant pour les milices taliban que pour les seigneurs de guerre ou les chefs de grands clans. L’Afghanistan a produit une « quantité exceptionnelle » de 8 200 tonnes d’opium l’an passé, soit 34 % de plus qu’en 2006, et approvisionne désormais le marché mondial des opiacés à hauteur de 93 %, selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), un organisme de l’ONU basé à Vienne.
La culture du pavot en Afghanistan, qui a progressé de 17 % à 193 000 hectares en 2007 après une augmentation de 59 % l’année précédente, s’est en outre accompagnée d’une hausse des rendements à 42,5 kg/ha contre 37 kg/ha précédemment. En comparaison, seuls 19 000 hectares ont été éradiqués durant cette période dans ce pays.
M. M.
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