Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

International - Article paru le 1er avril 2008 dans l'humanité

 

L’Élysée prêt à enfoncer la France dans le bourbier afghan

Guerre . Un débat sans vote à l’Assemblée est censé justifier aujourd’hui la participation renforcée de nos troupes à une intervention au bilan pourtant désastreux.

Cet après-midi doit se tenir à l’Assemblée nationale puis au Sénat un débat sans vote sur le renforcement de l’intervention militaire française en Afghanistan. Une heure et demie de « débat » - une seule intervention par groupe - pour chaque assemblée, c’est bien peu au regard de la gravité du sujet.

25 % d’attaques en plus chaque mois

Nicolas Sarkozy va-t-il enfoncer notre pays dans le bourbier afghan ? La France compte aujourd’hui quelque 1 600 soldats sur le sol afghan sur les 2 200 impliqués dans le « théâtre des opérations » afghan (pays d’Asie centrale où sont basés plusieurs Rafale et des Mirage et océan Indien avec plusieurs bâtiments de la marine). « Nous ne pouvons pas accepter un retour des taliban et d’al Qaeda à Kaboul. La défaite nous est interdite, même si la victoire est difficile », a prétendu Nicolas Sarkozy en affirmant qu’« une partie essentielle est en train de se jouer » dans ce pays.

Ces arguments ne tiennent que le temps de la fausse évidence : les féodaux au pouvoir en Arabie Saoudite, par exemple, qui ont directement inspiré le régime taliban, n’ont jamais inquiété ces grands « démocrates » qui sont MM. Sarkozy, Bush ou Brown. Au contraire, ils sont prêts à tout pour les maintenir au pouvoir…

Les troupes d’occupation ne « contrôlent » qu’environ 30 % du territoire afghan. Avec plus de 50 000 hommes dont près de la moitié sont états-uniens, surarmés, une flotte de chasseurs-bombardiers et au moins un porte-avions américain à portée de vol, le corps expéditionnaire de l’OTAN est en difficulté face à des milices aguerries et parfaitement apte à la guérilla. Les États-Unis dépensent déjà 100 millions de dollars par jour. Chaque mois qui passe « nous observons un accroissement de 25 % des attaques », avait déclaré en septembre dernier l’ONG afghane « Bureau de sécurité » financée par l’UE. Depuis la situation s’est aggravée.

Alors pourquoi le chef de l’État français fait-il entendre ses détestables bruits de bottes, au lieu de se dégager de cette guerre qui court à l’impasse - à l’instar de l’expédition soviétique en son temps ? L’annonce du renforcement de la participation française à la guerre sera faite demain ou jeudi par le président français au sommet de l’Otan à Bucarest. Et c’est sans doute là la clé de ses projets bellicistes.

Pour les États-Unis, l’Afghanistan est d’abord un immense champ de manoeuvre grandeur nature pour mettre en ordre de bataille la « boîte à outils » qu’est l’Otan afin d’en faire son bras armé à bon compte dans sa stratégie hégémonique mondiale. Ainsi, des chasseurs-bombardiers états-uniens peuvent désormais atterrir sur le porte-avions français et des Rafale ont été adapté pour pouvoir porter et tirer des missiles air-sol américains…

l’objectif affiché de réintégrer l’Otan

L’Afghanistan est stratégique pour le contrôle des sources d’hydrocarbures de la mer Caspienne et les pressions militaires sur quatre puissances nucléaires dont trois au moins deviendront - selon les « penseurs » de Washington - des concurrents directs des « intérêts des États-Unis », la Russie, l’Inde, la Chine, et accessoirement le Pakistan. Plus immédiatement, la puissance de feu déployée en Afghanistan pourra éventuellement servir à une agression contre l’Iran.

Pour Nicolas Sarkozy il s’agit donc de se « placer » avec le maximum d’atouts, dans l’objectif affiché de réintégrer l’Otan.

On a là une politique de dépenses inutiles, de guerre, d’insécurité et de déstabilisation et de massifs sacrifices humains. Une paix véritable en Afghanistan est pourtant possible et coûterait bien moins. Mais pour cela, il faudrait redonner la parole et le droit à l’action aux Nations unies. Cette unique instance multilatérale planétaire aurait alors les moyens de mettre en oeuvre un véritable programme de reconstruction de l’Afghanistan tout en donnant un cadre - garanti par tous et d’abord par les grandes puissances - à des négociations interafghanes ouvrant la voie à la démocratisation du pays.

Michel Muller

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :