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Politique - Article paru le 26 mars 2008

Sarkozy veut poursuivre la réhabilitation de l’OAS

Mémoire . Les participants à la manifestation de l’OAS du 26 mars 1962 tombés sous les balles des soldats français vont-ils être « honorés » ?

Formellement, la date du 19 mars 1962 marque, avec la proclamation du cessez-le-feu, la fin de la guerre d’Algérie. Formellement, seulement. Car à partir de cette date, les partisans de l’Algérie française redoublèrent de férocité. Attentats à la voiture piégée, tueries, fusillades, appels à l’insurrection… À l’instigation de l’OAS, un déchaînement de violence innommable déferla sur l’Algérie jusqu’en juillet, faisant des centaines de victimes. Le 26 mars, le commandement de l’OAS appelle les Européens à la grève générale, et lance un mot d’ordre insurrectionnel. Rue d’Isly, des tirailleurs barrent la route aux manifestants, puis font feu. Bilan : 54 morts et 140 blessés. C’est le début de la fin pour l’organisation terroriste, dont la politique de la terre brûlée a fait couler trop de sang.

Quarante-six ans après ces événements, les anciens de l’OAS ont transformé cet épisode en un sinistre fonds de commerce, au service de la réhabilitation de l’organisation criminelle. Au prétexte d’honorer la mémoire des manifestants tombés rue d’Isly, ils appellent, sous couvert de l’association Souvenir du 26 mars 1962, avec l’appui de l’ADIMAD-OAS, l’association à l’origine des monuments érigés à la gloire des anciens tueurs, à un rassemblement, ce soir à 17 heures, à l’Arc de triomphe, pour raviver la flamme du Soldat inconnu (voir notre édition du 19 mars 2008). Le rassemblement sera suivi d’une messe célébrée à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, haut lieu de l’intégrisme catholique et des combats d’arrière-garde orchestrés par l’extrême droite.

La cérémonie à l’Arc de triomphe, autorisée, comme l’an dernier, par le Comité de la flamme, avec le feu vert de la préfecture de police de Paris et du ministère des Anciens combattants, a suscité une levée de boucliers de la part des familles des victimes de l’OAS, d’organisations démocratiques et d’associations d’anciens combattants, comme l’ARAC et la FNDIRP, qui en demandent l’interdiction. « Ce haut lieu de la mémoire française ne saurait être investi, fût-ce le temps d’un dépôt de gerbe, par des factieux qui ont tourné contre la République les armes qu’elle leur avait confiées », écrivent, dans un communiqué commun, l’Association pour la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) et l’association des Amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons. Des protestations relayées par les sénateurs communistes Nicole Borvo et Guy Fischer, lequel rappelle que l’article 13 de la loi du 23 février 2005 permettant l’indemnisation des anciens terroristes en - cavale reste en vigueur.

Au-delà de ce rassemblement, les opposants à la réhabilitation de l’OAS craignent de voir réalisée, dans les jours prochains, une inquiétante promesse de campagne du candidat Sarkozy. Celui-ci s’était engagé, par écrit, à conférer la qualité de « mort pour la France » aux manifestants du 26 mars 1962, au même titre que les poilus, les résistants ou les morts en opération. « Tout indique qu’une telle promesse sera tenue prochainement », alerte le président de l’ANPROMEVO, Jean François Gavoury. Un tel acte de reconnaissance équivaudrait, pour l’association, à « une nouvelle prime octroyée à ceux qui ont soutenu l’OAS » et à « une marque de mépris à l’égard des militaires et des fonctionnaires […] tombés, victimes du devoir, sous les coups de l’OAS ». Ce geste, s’il devait intervenir, s’inscrirait dans la droite ligne de la falsification de l’histoire dont Nicolas Sarkozy avait fait l’un des axes majeurs de sa campagne présidentielle, dans le but de rallier à lui l’électorat d’extrême droite nostalgique des colonies. Une stratégie à laquelle le chef de l’État et le gouvernement ne semblent pas prêts de renoncer. Dans un entretien au quotidien algérien Liberté samedi dernier, l’ancien secrétaire d’État aux Anciens - combattants, Alain Marleix, interrogé sur les « commémorations et stèles provocatrices qui glorifient l’OAS », répond sans ciller que des « associations organisent parfois des manifestations ou commémorations qui, dès lors qu’elles respectent les règles de droit commun, […] sont autorisées ». Comme à Marignane, en 2005, ou plus récemment à Perpignan, les opposants à la réhabilitation de l’OAS n’entendent pas rester les bras croisés. Ils appellent, ce soir, à un « contre-rassemblement républicain » (1) pour dénoncer les hommages rendus à l’action d’une « organisation à la fois terroriste et raciste ».

(1) Se sont joints à cet appel : l’ANPROMEVO, Les amis de Max Marchand et de Mouloud Ferraoun et leurs compagnons, le Comité vérité justice

pour Charonne, le MRAP,

le collectif Anticolonial. org, Au nom de la mémoire.

Rendez-vous à 16 h 45, en haut de l’avenue des Champs-Élysées, place Charles- de-Gaulle, devant l’Arc de triomphe.

Lucie Martin

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Tag(s) : #Politique
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