Réflexions sur les élections municipales et l’attitude du PCF
Ces quelques remarques pour dire tout d’abord combien j’avais été surpris par l’absence de réaction de la direction nationale du Parti après l’appel au Modem de la liste du maire sortant d’Aubagne, fusionnant les deux listes !
Ainsi que par le manque de réaction convaincante à la stratégie du PS en Seine Saint-Denis dont la perte paraissait inscrite dans les probabilités prévisibles depuis longtemps.
Il est vrai que les quelques reconquêtes de villes moyennes (Dieppe, Vierzon, Firminy, Fourmies, Porte-les-Valence…), la conquête de l’Allier, le maintien de toutes « nos » mairies dans le 94, le 13 et d’autres départements, le score d’ensemble réalisé par les listes conduites par des communistes, avoisinant les 9% l’ont été dans l’union, le plus souvent avec le PS, plus rarement avec d’autres formations à sa gauche.
Mais il faut bien reconnaître que cette stratégie a surtout très bien réussi…au PS qui remporte le jackpot haut la main en prenant une quarantaine de grandes villes sur la droite ET sur le PCF. Bien que vainqueur à Paris, le PCF y aura moins d’élus, tout comme à Marseille où le PS avait choisi « ses » communistes et où la fédération du parti n’avait plus qu’à courir après le PS pour s’intégrer à sa liste avant qu’elle ne fusionne avec le Modem !
Il faut ajouter que si nous perdons Calais et passons tout près du Havre, de Nîmes, de Sète, de Corbeil Essonne, les socialistes n’auront pas été pour rien dans ces échecs au second tour. Comme à Brignoles dans le Var, conquise par un maire communiste à la tête d’une liste de gauche qu’avaient refusé de rallier les socialistes, se présentant au 1er tour avec le Modem et maintenant au second tour !
Les pertes les plus sensibles, les plus spectaculaires concernent le 9-3, avec Aubervilliers et Montreuil que le PS avait laissé à Voynet qui s’est faite élire sans complexe par une partie de l’électorat de droite. Le département bascule au PS, comme Bartelone l’avait annoncé.
Bien qu’ayant perdu les primaires, les socialistes se sont également maintenus à Saint-Denis où ils avaient 20 poins de retard, à Saint-Ouen où le dvg en avait 30, à Bagnolet où ils en avaient 21 de retard, à La Courneuve où ils étaient à 10 points, au Blanc-Mesnil où le maire communiste s’en sort de 45 voix avec le maintien d’un dvg distancé de 22 points au 1er tour !...
Dans ce département, il est vrai, les communistes avaient deux groupes distincts au conseil général avec des maires et personnalités influentes qui ne cachent pas leur engagement à en finir avec le PCF qu’ils tiennent pour déjà mort. Cela ne peut que contribuer à déboussoler une partie de l’électorat traditionnel, ajouté aux mutations sociologiques et économiques qui marquent l’évolution des banlieues parisiennes. Mais cela n’a pas le même effet partout. Ces orientations liquidatrices, cette guerre des chefs ont assez bien servi le PS.
Je reste effaré que, lors de l’élection du président du conseil général, tous les conseillers généraux –sauf JJ Karman- aient voté pour Bartelone. Il y aura deux communistes de moins, merci président ! On n’est pas rancunier dans le 9-3. Et je trouve assez peu éthique et même malsain que des élus autrefois proposés par leur parti, s’en réclament encore tout en militant pour sa disparition !
Je veux bien que l’on ait abandonné le centralisme démocratique et que chacun puisse librement exprimer ses opinions mais il me paraît difficile d’appartenir au même parti si l’on a l’opinion qu’il est obsolète et incapable de se transformer de l’intérieur. Qu’est-ce qui peut bien expliquer qu’on y reste ?
Car sa transformation, sa novation pour être toujours communiste, c’est-à-dire porteur d’une visée à long terme et d’un projet de transformation communiste sans référence aux expériences passées mais en prise avec la société d’aujourd’hui, me paraît être le centre du débat en vue du prochain congrès.
Que l’on fasse le deuil du « communisme réel » tel qu’il a été dévoyé, c’est une chose, que l’on considère dépassée l’idée communiste en est une autre. Et il me paraît difficile de se passer d’un parti politique pour la porter. Peut-être, qu’à très long terme, la forme parti ne demeurera pas immuable. Je ne pense pas qu’on en soit là.
Cela suppose de remettre à plat notre projet de société et notre stratégie qui ne peut plus être celle d’un duo avec le PS attaché au libéralisme, mais qui passe par un dialogue avec toutes les forces qui visent à en finir avec ce capitalisme destructeur en participant et en promouvant des rassemblements de lutte et de résistance contre tout ce qui fait régresser la société et en conquérant de nouveaux droits et acquis sociaux, de nouveaux espaces de liberté. Avec Sarkozy, on est servi : il y a du grain à moudre pour toutes celles ceux qui en sont les victimes et qui veulent construire une nouvelle société, un nouveau monde.
René Fredon
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