L’austérité ne passe pas dans les lycées
Commencé timidement depuis plusieurs semaines en Île-de-France, le mouvement de protestation contre la réduction des moyens, annoncée pour la rentrée scolaire 2008, va se poursuivre tout au long de la semaine, dans cette région où 8 830 postes devront disparaître, dont 1 500 d’enseignants du secondaire. Dans l’académie de Créteil, on s’attend aujourd’hui à des actions plus ou moins spectaculaires dans un certain nombre de lycées et de collèges, à l’appel des syndicats et des lycéens. Des initiatives sont également prévues mercredi dans l’académie de Versailles, ou encore, vendredi, plus particulièrement dans le département des Yvelines. Mais la journée de jeudi sera un point d’orgue : une manifestation aura lieu à Paris rassemblant élèves, parents et enseignants.
91 000 suppressions de postes d’ici à 2012
« Chaque année, il existe des contestations autour des nouvelles attributions et du nombre de postes par établissement », ose tempérer un porte-parole du rectorat de Versailles, qui nuance toutefois : « Il est vrai que cette année, elle semble plus importante qu’en 2007, où le débat présidentiel occupait le devant de la scène. » L’ampleur record des suppressions de postes (91 000 d’ici à 2012) provoque une « grande indignation » des personnels, souligne Claudie Martins, cosecrétaire générale du SNES. « Aucun établissement ne sera épargné », affirme-t-elle.
À ce problème crucial, s’ajoute la question de l’évolution des métiers, avancée par le gouvernement à partir du rapport Pochard. Ce dernier, souligne la responsable syndicale, est conçu comme un outil destiné à « multiplier les heures supplémentaires et à augmenter le temps de travail et la flexibilité ». Claudie Martins espère que cette nouvelle mobilisation en Île-de-France s’élargira à toute la France. « Une partie des collègues attendent les annonces du gouvernement sur les évolutions des métiers » avant de se lancer à leur tour dans le mouvement. Déjà, dans plusieurs établissements de province, comme le lycée Diderot ou le collège Massenet, à Marseille, les conseils d’administration ont voté contre la dotation globale d’horaires (DGH). Au collège Diderot de Besançon (Doubs), un rassemblement est prévu jeudi prochain, de même qu’au lycée Lumière, à Luxeuil-les-Bains (Saône).
réfuter tout corporatisme
Autant d’endroits qui présagent de l’émergence d’un mouvement d’ampleur, que le SNES souhaite fédérer en organisant, mercredi, un meeting, à la Bourse du travail de Paris, rassemblant l’ensemble des établissements en lutte et assurant une prise de parole à d’autres organisations, comme la FCPE, la CGT, l’UNL ou la FIDEL. Associer professeurs, élèves et parents dans un même combat est sans doute le meilleur moyen pour réfuter toute attitude corporatiste. « Les enseignants, note Brigitte Benzekry, du lycée Louise-Weiss, à Achères (Yvelines), refusent d’accepter les heures supplémentaires qui correspondent à la suppression des postes, car la surcharge de travail ou celle des effectifs dans chaque classe entraîneraient une dégradation réelle de l’enseignement qu’ils ont le devoir d’assurer auprès des élèves. »
Mina Kaci
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