Le Cameroun sur un volcan
Les manifestations contre la vie chère qui secouent nombre de pays d’Afri- que (lire notre édition du 20 mars) revêtent un caractère dramatique au Cameroun où elles se sont heurtées à la répression de règle au pays de Paul Biya. Dans un premier temps, le gouvernement reconnaissait 24 morts pour le seul mois de février, puis une quarantaine le 10 mars dernier. Ce chiffre était rendu public alors que la Maison des droits de l’homme évoquait une centaine de victimes. Une estimation confirmée par l’ACAT (Association des chrétiens contre la torture) parlant elle aussi de plus de 100 tués en février, précisant que ce bilan demeure incertain car « les autorités interdisent l’accès aux morgues ». S’exprimant en début mars sur RFI, le cardinal Tumi rapportait que, dès le début des manifestations, « les militaires ont tiré à balles réelles. Ils ont commencé à commet- tre des atrocités, des vols, des viols »…
violence policière pour seule réponse
Cette brutalité d’État constitue une tradition du régime en place. Sans doute encore accentuée par le contexte politique dans lequel est survenu le mouvement de protestation contre la misère : au pouvoir depuis 1982, Paul Biya a entrepris de faire modifier l’article 6 de la Constitution pour, la fraude institutionnalisée aidant, se faire « réélire » en 2011. Cette perspective d’une dictature à vie explique la virulence des slogans des jeunes ayant pris spontanément le relais des chauffeurs de taxi, lesquels dénonçaient le 5 février la flambée du prix de l’essence. Elle explique également les ennuis faits aux journalistes n’ayant pas l’esprit de soumission, comme l’atteste la récente mise sous scellés des studios de la radiotélévision Équinoxe, dont la couverture des manifestations populaires à Douala et la liberté de ton de ses débats ont fortement déplu en haut lieu.
« Biya, va au diable », « Vingt-cinq ans de vol, ça suffit » peut-on lire encore aujourd’hui sur certains murs de Douala (où avait lieu, le 14 février, une marche organisée par le Front du non à la modification de la Constitution). Répression sociale et répression politique se renforcent mutuellement, plaçant le pays « sur un volcan », selon l’expression utilisée par Samuel Mac Kit, président de l’UPC (Union des populations du Cameroun). Formation dont le bureau du comité directeur publiait, à la fin du mois dernier, une déclaration tirant la sonnette d’alarme à propos de la violence policière comme seule réponse donnée aux émeutes de la faim en cours : « L’intransigeance du gouvernement RDPC conduit tout droit à la guerre civile »…
pas d’inquiétude
du côté français
Une perspective qui laisse manifestement de glace le Quai-d’Orsay. Les arrestations en cascade ? Notre « french doctor » en a encore moins entendu parler que de celles des démocrates opposants tchadiens, c’est dire ! Comme le despote affairiste de N’Djamena, Idriss Déby, Paul Biya représente un pilier traditionnel de la Françafrique, et cela seul compte. L’ex-ministre de la Coopération Jean-Marie Bockel venait à Yaoundé en octo-bre 2007 signer une « conven- tion policière » et lancer un « projet d’appui au renforcement des capacités opérationnelles de la police » (PARCOP). Le vieux dictateur n’a d’ailleurs jamais été réellement inquiet des envolées du candidat Nicolas Sarkozy clamant qu’il entendait bouleverser les vieillles relations existant entre la France et ses anciennes colonies pour, enfin, en établir une qui soit tout en même temps « nouvelle, assainie, décomplexée ». Dès sa première entrevue avec le nouvel hôte de l’Élysée, il se déclarait rassuré sur « la continuité de notre relation ancienne et amicale ».
Le chef de l’État camerounais, Paul Biya, demeure serein quant à la pérennité de ses rapports avec les autorités françaises, que ce soit dans leur mouture chiraquienne ou leur mouture sarkozyenne.
Jean Chatain
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