Chypre en route vers la réunification

Un mois aprés l’élection de Demetris Christofias à la tête de l’Etat, les dirigeants chypriotes grec et turc ont décidé vendredi une relance des négociations pour mettre fin à 34 ans de
partition de l’île.
La "nouvelle ére" se traduit par l’ouverture prochaine d’un point de passage au cœur de Nicosie.
La relance des pourparlers sur une réunification, bloqués depuis des années, est intervenue lors de la première rencontre entre le nouveau président de Chypre, Demetris Christofias, élu le mois dernier, et le dirigeant de la République turque de Chypre-nord (RTCN), Mehmet Ali Talat.
Les deux dirigeants, qui se sont rencontrés pendant trois heures à la résidence du chef de la mission de l’ONU à Chypre, Michael Moller, à la périphérie de Nicosie, ont dit vouloir parvenir rapidement à une solution.
Cette avancée a été permise par l’élection le 24 février à la présidence de la République de Chypre du communiste Christofias, alors que l’intransigeance de son prédécesseur, le conservateur Tassos Papadopoulos, paralysait toute négociation depuis quatre ans.
Le président chypriote entend pour cela faire valoir l’atout qu’il a sur son prédécesseur et qui tient d’une part à la clarté des engagements de son parti, Akel, en faveur d’une union de l’île, d’autre part et surtout, aux liens étroits qui l’unit au dirigeant de la partie turque. Depuis la création de leurs partis respectifs, leurs militants ont toujours entretenu des relations étroites, à la différence de tous les autres partis chypriotes. « Mon parti a été pionnier dans les efforts de rapprochements », a-t-il d’ailleurs rappelé, se déclarant « plus que prêt » à discuter avec la Turquie et à tenter de nouer des relations avec le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays maintient toujours . "Les dirigeants ont décidé de se rencontrer dans trois mois pour examiner les réalisations de groupes de travail et de commissions techniques et de se fonder sur leurs résultats pour lancer des négociations à part entière sous les auspices du secrétaire général des Nations unies", selon un communiqué commun lu par le représentant de l’ONU.
Dans l’immédiat, les deux dirigeants idéologiquement proches car issus de la gauche, ont annoncé l’ouverture, "dès que cela sera techniquement possible", de la rue Ledra, une artère touristique du centre du vieux Nicosie. Il s’agira du deuxième point de passage ouvert pour les piétons à Nicosie après celui du "Ledra Palace", plus excentré, et le sixième dans l’île depuis que les Chypriotes-turcs ont levé les restrictions au passage des Chypriotes-grecs, en 2003.
Mercredi, M. Christofias avait indiqué que l’ouverture de cette rue, "par tradition, le coeur du peuple de Nicosie (…) entraînera davantage de communication entre les gens, de façon à réduire le fossé dans l’âme et le coeur des gens".
Les deux hommes ont fait assaut de bonne volonté lors de leur rencontre tout en reconnaissant les difficultés de la tâche qui les attend. "Nous voulons résoudre le problème chypriote dès que possible. Notre position, c’est que (cela se fasse) d’ici la fin 2008", a déclaré M. Talat. "Nous tenterons de faire le maximum pour parvenir à une solution (..) dès que possible", a dit de son côté M. Christofias.
"M. Talat s’est réjoui de ce qu’il a qualifié d’"ère nouvelle".
Chypre est divisée depuis l’invasion de sa partie nord en 1974 par Ankara, après un coup d’Etat de nationalistes chypriotes-grecs soutenus par Athènes.
La RTCN, autoproclamée en 1983 dans le nord occupé et , est uniquement reconnue par Ankara alors que la République de Chypre, dont le territoire couvre de facto le sud, est reconnue internationalement et fait partie de l’Union européenne depuis 2004. 40 000 soldats turques sont stationnés dans le Nord. La question de leur retrait - ou plus exactement de la date envisagée pour leur retrait - reste un élément central des discussions.
La solution de la question chypriote butte depuis des décennies sur des questions de partage du territoire et du pouvoir, de la présence de l’armée turque au Nord, et du retour des réfugiés.
"Nous n’avons pas fait mention de base ou de paramètres pour la solution", a reconnu M. Talat. "Nous voulons souligner ce sur quoi nous sommes
d’accord et non ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord, a ajouté M. Christofias. M. Moller a qualifié la réunion de "très positive et cordiale", et affirmé que les deux dirigeants
étaient "parvenus à un grand degré de convergence".
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