« Le mammouth va crever en banlieue ! »
À Champigny, commune du Val-de-Marne où 40 % des élèves sont en ZEP (zone d’éducation prioritaire), les parents sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants. L’existence même d’une filière générale est mise à mal, suppression de la carte scolaire oblige.
Le blocage du lycée Louise-Michel a été voté vendredi pour une durée indéterminée après une entrevue ratée au rectorat de l’académie de Créteil. Enseignants, élus, parents et élèves (150 selon la police) ont manifesté samedi sur le parvis de la mairie, avant de se diriger vers la Marne pour y jeter d’un pont un cercueil représentant « l’enterrement des filières générales à Champigny ».
Deux terminales l supprimées
« Pas de formation générale pour les pauvres. C’est le message que l’État transmet aux jeunes de notre ville », s’insurge au micro Dominique Balducci, déléguée SNES du lycée Louise-Michel. Sur les trois terminales littéraires que propose le lycée, il n’y en restera plus qu’une et demie à la rentrée, alors que trois clas- ses avaient déjà disparu l’an dernier.
« Le rectorat invoque une baisse démographique pour justifier la suppression de deux classes et de 13 postes, alors que le recensement de la mairie montre le contraire ! », affirme Benjamin Ventana, enseignant de mathématiques dans ce lycée de 1 150 élèves. « Le Val-de-Marne concentre un quart des 11 000 suppressions de postes prévues par le ministère », ajoute-t-il, redoutant son avenir sans carte scolaire, « entre heures sup, classes surchargées et lycées dis- pat- chés ».
Lycées de riches, lycées de pauvres
Dans le cortège rythmé par le tube Antisocial du groupe Trust, une mère en colère tente de se faire entendre. « Le ministre de l’Éducation nationale avait assuré qu’il ne "remettrait pas en cause la règle générale" permettant de scolariser son enfant au plus près de son domicile. C’est peut-être à Paris que je vais devoir chercher une terminale L pour mon fils ! Allègre disait vouloir dégraisser le mammouth, mais aujourd’hui, il est entrain de crever, surtout en banlieue ! »
Aux côtés des élèves, le président du conseil général prend le micro. « Xavier Darcos prévoit une éducation à deux vitesses avec d’un côté, les lycées d’élite et de l’autre, les lycées de pauvres en seconde zone, bannis de l’enseignement général. » Réélu dès le premier tour il y a une semaine, le maire communiste Dominique Adenot ajoute : « L’appauvrissement de l’enseignement touche nos quartiers et remet en cause leur mixité. En supprimant la carte scolaire, la ségrégation géographique s’ajoute à la ségrégation sociale. » Iris Chauveau, en 1re à Louise-Michel, qui a alerté ses camarades de classes et rameuté les deux autres lycées de Champigny, ne sait pas à quoi s’attendre à la rentrée. « Nous ne sommes même plus sûrs de pouvoir suivre les options d’arts plastiques, de langues, de sport, ou tout simplement de trouver une place pour préparer le bac. » Aujourd’hui, ils manifesteront à Paris, où le rendez-vous est fixé à 14 heures place de la République, pour rejoindre la Bastille.
Servane Viguier
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