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Tibet. Révoltes réprimées sur le Toit du monde

Poigne de fer de Pékin contre les émeutes religieuses qui ont éclaté la semaine dernière au Tibet et dans les provinces voisines.

La protestation a débuté par des marches en début de semaine et devenant de plus en plus violente jusqu’à s’embraser vendredi à Lhassa, la capitale. Bilan de cette seule journée : 10 tués selon les autorités chinoises, 80 selon le gouvernement tibétain en exil en Inde.

La période était propice dans une période pré-olympique déjà particulièrement sensible. À cinq mois des JO et la semaine du 49e anniversaire de l’insurrection antichinoise de 1959, les manifestations de moines tibétains qui ont éclaté lundi dernier et se sont au fil des jours transformées en émeutes ont remis au premier plan la situation critique qui prévaut sur le Toit du monde.

Plusieurs dizaines de morts

Comme à chaque poussée de fièvre, la protestation est sortie des monastères, débutant par des marches en début de semaine et devenant de plus en plus violente jusqu’à s’embraser vendredi à Lhassa, la capitale, où le centre historique a été le théâtre des saccages et de la répression. Bilan de cette seule journée : 10 tués selon les autorités chinoises, 80 selon le gouvernement tibétain en exil en Inde à Dharamsala, qui parle aussi de 72 blessés.

La télévision nationale a diffusé samedi les premières images des événements montrant des émeutiers, parmi lesquels de nombreux bonzes, s’en prendre aux commerces tenus par des Chinois. En revanche, peu de vues sur l’action de l’armée et de la police. Des témoignages de touristes ont révélé la présence de chars et de véhicules militaires sillonnant Lhassa et un fort déploiement de troupes. Selon l’agence Chine nouvelle, le calme était revenu dimanche : « De nombreux magasins ont rouvert et les voitures circulent de nouveau dans les rues de Lhassa, le calme y étant revenu. » Une description apaisante qui ne correspondrait pas à la réalité.

Bien que la ville soit désormais bouclée et interdite aux voyageurs et aux journalistes, de nouveaux témoignages rapportent des troubles durant la nuit de samedi à dimanche ; des Chinois de la minorité musulmane Hui ont attaqué des Tibétains en représailles du saccage de leurs habitations et de leurs biens.

Les troubles se seraient aussi étendus à d’autres provinces où sont ancrés de hauts lieux du bouddhisme. Au Sichuan, l’une des quatre provinces où vit une importante minorité tibétaine, deux cents manifestants tibétains ont lancé des cocktails Molotov et incendié un commissariat de police. Une ONG, le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie, indique que les moines de la lamaserie d’Amdo Ngba Kirti, dans le district d’Aba au Sichuan, ont hissé le drapeau tibétain et scandé des slogans en faveur de l’indépendance après les prières du matin. Le monastère, qui compte 2 800 lamas, aurait été encerclé.

Le dalaï lama contre le boycott

Dans le district de Dzoge, toujours au Sichuan, des heurts auraient également éclaté samedi dans la lamaserie de Taktsang Lhamo Kirti. Dans le Gansu, la situation était encore tendue après des manifestations samedi autour du monastère de Labrang.

Les autorités ont donné un ultimatum aux manifestants, les exhortant à se rendre à la police avant lundi minuit sous peine de sanctions sévères. Mais la pression n’est pas prête de retomber : Pékin a annoncé le début d’une vaste campagne visant à renforcer la sécurité dans la région et à entamer le soutien populaire au dalaï-lama. « Menez une guerre populaire pour vous opposer au séparatisme et préserver la stabilité (…), montrez et condamnez les actions malfaisantes de ces forces et exposez au grand jour le visage hideux de la clique du dalaï-(lama) », écrit le Tibet Daily.

En face, le dalaï-lama, accusé d’avoir fomenté ces troubles, réclame une enquête internationale évoquant un « génocide culturel » et un « régime de la terreur ». Il s’est toutefois refusé à appeler au boycottage des jeux Olympiques. Or la relance d’une campagne de cette nature est source d’inquiétude pour la Chine. Le Darfour, la Birmanie, les arrestations d’internautes sont des points d’appui pour les partisans du boycottage.

L’Inde a lancé dimanche un appel au dialogue et le Japon un appel au calme. La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, a demandé au gouvernement chinois de faire preuve de retenue. La France a souhaité que « la lumière soit faite, le plus rapidement possible », sur les « événements très préoccupants » au Tibet.

Dominique Bari paru dans l’Humanité du 17 mars 2008

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Tag(s) : #Monde
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