Le technocentre de Renault Guyancourt à nouveau en deuil
Annoncé mercredi par la direction de Renault, un salarié employé par un prestataire de services travaillant au technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines) s’est donné la mort à son domicile fin février. Un drame qui réveille les traumatismes passés. Entre fin 2006 et début 2007, le centre de recherche et du développement du groupe automobile avait déjà été le théâtre de trois suicides de salariés. L’homme, « qui avait déjà travaillé au technocentre pour d’autres sociétés », selon un porte-parole de Renault, était employé depuis juillet dernier à la conception de systèmes informatiques pour la société de prestations techniques Assystem. Âgé de quarante sept ans, le salarié « s’est suicidé chez lui, un dimanche, il était surmené », affirment les syndicats.
L’annonce du suicide est intervenue alors que le directeur des ressources humaines du groupe Renault, Gérard Leclercq, a assuré que l’entreprise était « sur la bonne voie » concernant les conditions de travail au technocentre. Ce dernier a souligné qu’un « certain nombre de mesures » ont été prises depuis un an, dont « la mise en place d’un DRH à part entière qui a pour principale mission de s’occuper des conditions de travail ». La direction du constructeur automobile a aussi « déployé une nouvelle organisation ressources humaines », avec 95 « responsables RH de proximité » en France. Elle a par ailleurs reconnu que l’inspection du travail est en train de mener « une enquête sur une éventualité de harcèlement moral et institutionnel » envers les salariés du technocentre. Interrogé sur le suicide du salarié employé par un prestataire de services, Gérard Leclercq a estimé « qu’il ne revient pas à Renault de commenter le décès d’une personne qui n’était pas salariée de l’entreprise ».
De leur côté, les syndicats de Renault tirent la sirène d’alarme. Ils pourraient demander la convocation d’un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) dans le groupe afin d’exiger une expertise sur les raisons du drame… Et établir ou non un lien avec les conditions de travail. A 11 heure ce jeudi, la coordination des syndicats CGT Renault organisait une conférence de presse. Réalisé par le cabinet d’expertise Technologia, un rapport de 150 pages avait été remis, fin octobre, au CHSCT du technocentre, après questionnaires et entretiens auprès de 6 000 des 11 000 personnes travaillant à Renault Guyancourt. Les conclusions étaient que 31,2 % des cadres et ingénieurs sont « sous tension » engendrant un niveau de risques psychosociaux « particulièrement élevé ». Un taux trois fois plus important que la moyenne nationale (10,3 %) calculée par l’INSERM pour cette catégorie socioprofessionnelle. Selon le cabinet, ces situations de tension sont « fortement liées au manque de reconnaissance », dû à « un déficit de soutien dans les situations difficiles » et « à des perspectives de promotion limitées ». Sont aussi retranscrites dans le rapport des souffrances liées au manque de temps et d’effectifs.
Dans le même temps, un rapport vient d’être remis mercredi au ministre du travail, Xavier Bertrand, sur « la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail ». Est-ce les élections ou les suicides en série chez Renault comme chez PSA ? Toujours est-il que le ministre a reconnu que le travail « s’il est source d’émancipation et de promotion, est aussi source de stress et de souffrance », et que ce stress a « un coût social et humain » mais aussi et surtout « un coût économique ». Le ministre a affirmé son objectif de hisser la France « au niveau des meilleurs Européens en termes de prévention ». Pourtant, les premières préconisations du rapport visent à trouver un « consensus » : « Nous pensons qu’il faut observer avant d’expliquer, car à rechercher d’abord les causes sans avoir convenu de leur observation, on entre dans les débats sur les responsabilités, ce qui empêche tout dialogue constructif ». Le psychiatre Patrick Légeron, l’un des experts du rapport, a résumé : « il faut faire attention, ce sujet est très émotionnel et idéologique ». En clair, il s’agit d’éviter d’aborder les questions d’organisation du travail ou encore la qualification de certains suicides en accidents du travail. Bref, les sujets qui fâchent.
Xavier Bertrand a annoncé qu’une « grande enquête nationale » allait être lancée, pour identifier les secteurs les plus touchés. Enfin, il a émis l’idée de
« négociations obligatoires avec les partenaires sociaux pour la détection et la prévention », au printemps.
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