Zapatero progresse mais la droite aussi
C’est que du positif. Le président socialiste sortant, José Luis Rodriguez Zapatero (« ZP »), qui a obtenu dimanche un second mandat à la tête de l’Espagne, s’est livré à une analyse enthousiaste des résultats. « Une large victoire », a-t-il commenté, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) enregistrant près de 43,69 % des suffrages. Avec 169 députés (contre 164 en 2004), ZP jouit d’un soutien réel à l’aube de cette seconde législature mais sans toute la latitude escomptée.
Le PSOE contraint à jouer l’équilibriste
Faute de majorité absolue (175 députés), la formation au pouvoir est en effet contrainte de trouver un accord avec au moins sept députés d’autres formations. « Quels que soient les scénarios : une alliance plus stable ou des accords plus ponctuels », le président du gouvernement réélu a promis qu’il maintiendra une
attitude de dialogue avec « tous les groupes ». Mais comment pourrait-il en être autrement ? En usant de la langue de bois, le PSOE cherche avant tout à préserver un système de pacte à géométrie variable, s’assurant
le vote des formations
de gauche lorsque le cap le nécessitera. Et inversement.
Le PSOE est d’autant plus contraint à jouer ce numéro d’équilibriste que le Parti populaire (PP) est loin d’être laminé. Avec 40,13 % et 153 députés au Congrès, la droite conservatrice ne sauve pas seulement les meubles : elle progresse en voix, en pourcentages et en élus. Elle garde la main sur le sénat avec 99 parlementaires (contre 90 pour le PSOE). Son chef de file, Mariano Rajoy, essuie néanmoins un second échec consécutif dans la course à l’accession concrète au pouvoir, ce qui pourrait provoquer une crise dans les rangs du PP.
Avec de tels scores, les socialistes et la droite tirent leur épingle du jeu, en progressant sur le dos des formations régionalistes, singulièrement des républicains catalans d’ERC qui perdent cinq députés (trois aujourd’hui contre huit en 2004) et d’Izquierda Unida (voir ci-dessous). Ces résultats confirment également l’instauration du bipartisme.
Le chantier social attend zapatero
On notera également le score inédit du Parti socialiste au Pays basque, où il enregistre 38,09 % des suffrages contre 27,14 % pour les nationalistes du PNV. C’est là sans doute le résultat de l’assassinat, vendredi, d’Isaias Carrasco, ex-conseiller municipal socialiste. On soulignera aussi la forte abstention dans cette province, 35 % contre 25 % à l’échelle nationale, imputable à l’influence des partis indépendantistes basques, qui, interdits de scrutin, ont appelé au boycottage de l’élection.
La victoire de « ZP » a bien évidemment été saluée de ce côté-ci des Pyrénées. À commencer par son homologue français, François Hollande, qui n’a pas tari d’éloges. Selon lui, le nouveau président espagnol incarne « une conception du socialisme qui est celle de la modernité sur les questions de société, de l’efficacité en matière économique et de volonté sur les questions de redistribution ». À voir… Car, si les socialistes espagnols ont impulsé des avancées sociétales - mariage homosexuel, divorce rapide, loi sur la parité, législation contre les violences faites aux femmes - en s’opposant, parfois avec courage, à une droite des plus réactionnaires en Europe, le bilan en matière sociale et économique laisse vraiment à désirer. Ce que n’ont pas manqué de rappeler les Espagnols pris dans l’étau du surendettement et de la précarité.
Le social est d’ailleurs le principal chantier qui attend Zapatero. Et il ne suffira pas de se payer de mots pour résorber la crise. Dimanche soir, José Blanco, le secrétaire à l’organisation du PSOE, a annoncé qu’« une nouvelle période de changement et de progrès » s’ouvrait. Banco.
Cathy Ceïbe
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)