Le témoignage de trois élues
Christine Ortiz, conseillère municipale (PCF) de Marseille« Élue de proximité »
Comment être à la fois dans l’opposition à l’hôtel de ville et première adjointe d’une mairie de secteur ? C’est à cette situation complexe qu’est confrontée Christine Ortiz depuis 2001.
Entrée au conseil des 15e et 16e arrondissements de Marseille en 1983 aux côtés de Pascal Posado et Guy Hermier, figures du communisme marseillais, la militante est élue conseillère municipale en 1995, l’année où Jean-Claude Gaudin accède à l’hôtel de ville. En 2001, après le décès de Guy Hermier, elle devient la première adjointe du nouveau maire des quartiers nord, Frédéric Dutoit. « Nous devons être dans l’opposition aux projets de Gaudin qui veut remodeler la ville et ses quartiers populaires, mais nous devons aussi être constructifs pour faire évoluer ses projets. Cela nous oblige à faire de la politique en essayant de mobiliser la population. » Être un élu de proximité sans disposer des leviers de pouvoir engendre souvent l’incompréhension des habitants. « On entend souvent : "Vous servez à quoi ?" » Selon elle, « les mairies de secteur devraient avoir plus de latitude pour régler les problèmes quotidiens, comme la voirie ». Mais cette « gymnastique » prendra peut-être fin dans quelques jours.
« Tout n’est pas encore gagné, même si la dynamique se trouve du côté des listes Guérini. » C. D.
Agnès Hugonin, conseillère municipale (PS) à Grenoble« Un bond qualitatif »
Élue à Grenoble depuis 2001, militante socialiste et syndicale, Agnès Hugonin, soixante-six ans, ne pense que du bien de la loi sur la parité : « On ne peut pas demander autre chose à une femme », souligne-t-elle avec un brin de malice. Parité, mixité, le niveau municipal est selon elle le bon niveau « pour commencer ». À condition de ne pas s’en satisfaire. « Les femmes doivent aussi pouvoir devenir députées pour élaborer des lois qui jusque-là sont surtout faites par et pour des hommes. » Mais pas de doute : « La loi a fait beaucoup changer les choses. » Lesquelles ? Elle évoque volontiers « le pragmatisme ». Et aussi les relations singulières que les hommes, en général, entretiennent avec le pouvoir. Davantage de relations de terrain. À ceci près que les femmes ont l’habitude de mener de front « le travail professionnel et le travail à la maison ». Donc « ne pas perdre de temps » en « réunions hautement philosophiques qui tournent en rond » ; l’efficacité serait ainsi convoquée. Tout comme un certain regard posé sur la réalité. Ce qui suppose de ne pas cantonner les élues à des domaines qui leur seraient réservés, comme l’action sociale. « Elles sont aussi compétentes sur les questions d’urbanisme. » Mais pas de manichéisme : « Homme ou femme, ça dépend surtout de la personnalité. » Au bilan : une loi en forme de « bond qualitatif ». Qui n’exclut pas « des améliorations possibles, mais c’est comme cela qu’on avance ». D. B.
Fabienne Soulas, première adjointe (PCF) à Saint-Denis « Pas de domaines réservés »
Élue en 2001 pour la première fois, nommée adjointe aux solidarités dès son élection et première adjointe en 2004 lorsque Didier Paillard a succédé à Patrick Braouezec ; on ne peut pas dire que Fabienne Soulas ait rencontré des difficultés à s’intégrer au travail municipal. « Il y avait cette volonté de Patrick Braouezec d’une parité vraie jusque dans l’exécutif municipal. Didier Paillard a encore poussé les choses en décidant que puisque le maire était un homme, le poste de premier adjoint devait échoir à une femme », explique-t-elle. C’est la première fois à Saint-Denis qu’une femme occupe ce poste. « Mais il n’y a pas de domaine réservé à Saint-Denis : Monique Prim, dans les deux mandats précédents, a été adjointe aux finances puis à l’aménagement. » Décider de la parité ne suffit pas. « Il y a des problèmes à résoudre avec les femmes qui ont des enfants en bas âge. Il faut veiller aux horaires de réunion. Mais il y a surtout beaucoup à progresser sur les méthodes : moins de discours, plus d’efficacité. C’est valable pour tout le monde, mais comme c’est indispensable pour les femmes, ça fait progresser. » La parité, ce n’est pas le cas partout, et par exemple à Plaine-Commune. « C’est une question de volonté. Mais les femmes, très investies dans la vie associative, s’intègrent plus facilement à la politique quand les listes municipales, comme à Saint-Denis, s’ouvrent aux associations. » À Saint-Denis, un poste de chargé de mission est destiné à travailler à des propositions pour l’accès des femmes à la vie politique.
O. M.
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