UIMM, silence au sommet de l’État
Un million et demi d’euros de prime de départ pour l’ancien président de l’UIMM et zéro commentaire de l’Élysée. Le président, d’ordinaire prompt à réagir au moindre fait d’actualité, ferait-il ici preuve d’une discrétion inhabituelle ? Pas vraiment. Dès 2004, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances (Tracfin) aurait alerté son ministre de tutelle, Nicolas Sarkozy, alors à Bercy, de retraits suspects, s’élevant à des centaines de milliers d’euros, effectués par Denis Gautier-Sauvagnac. À l’époque, le chef de l’État avait intercepté le dossier sans délivrer d’autorisation pour le transmettre à la justice. Dossier qui restera « en attente » jusqu’en septembre 2007, levant le voile sur la disparition inexpliquée de 19 millions d’euros des caisses de l’UIMM et occasionnant la démission de son président.
Mais le nouveau scandale provoqué par la prime exorbitante de l’ex-patron du syndicat patronal, complaisamment relayé par la responsable du MEDEF, Laurence Parisot, a contraint une partie de la droite et du pouvoir à sortir de sa réserve. Éric Woerth, ministre du Budget, affirmait hier qu’il « n’aimait pas qu’on parte avec des indemnités quand les choses ont échoué », faisant écho au porte-parole de l’UMP Yves Jégo qui estimait, un peu plus tôt, qu’il serait « sain que l’on demande à M. Gautier-Sauvagnac de rendre ce million et demi ». François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale, renchérissait, jugeant « l’attitude de l’UIMM d’une arrogance indécente », et témoignant « d’une déconnexion complète des réalités ». Pour sa part, François Fillon semble respecter l’omerta qui règne au sommet de l’État. « Il faut que la justice fasse son travail », s’est contenté d’affirmait, vendredi, en visite à Blois, le premier ministre. Mais la polémique enfle à tel point que Laurence Parisot, en entretien avec lui hier, laissait entendre à sa sortie que François Fillon s’exprimerait plus longuement sur le sujet dès ce matin, à la radio. Entre-temps, le Parti socialiste avait pressé le gouvernement de « s ’exprimer clairement » sur l’affaire, réclamant « transparence et vérité ». À droite, même François Bayrou s’est senti tenu de rappeler à l’ordre le gouvernement, indiquant qu’il « avait pour mission de donner des informations au parquet et qu’il était responsable de la politique pénale du pays », faisant allusion aux 19 millions d’euros disparus. À l’approche d’une échéance électorale difficile, la droite ce serait volontiers passé d’un nouveau scandale, mais face à l’indignation déclenchée par l’affaire, elle risquerait plus encore à se taire. L’affichage assumé du président aux côtés de la responsable du MEDEF, Laurence Parisot, impliquait néanmoins que celle-ci se démarque nettement des dirigeants de l’UIMM. Bien qu’artificielle, la tactique patronale évitera peut-être que l’affaire n’éclabousse son aile politique, l’UMP, quelques jours avant les municipales.
Frédéric Durand
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