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International - Article paru le 26 février 2008 dans l'Humanité

Le social, face cachée de la crise libanaise

Beyrouth . Alors qu’une petite minorité s’est considérablement enrichie, la grande majorité des Libanais vit dans les pires difficultés.

Beyrouth, envoyé spécial.

La crise au Pays du cèdre sur fond de clivages politico-confessionnels est bien l’arbre qui cache la forêt sociale. La dette publique, 15 milliards de dollars, avoisinant 190 % du produit intérieur brut (PIB), est colossale. Elle a été multipliée par 25 en l’espace de vingt ans. Plus portés sur la crise politique qui ronge le pays, les médias libanais n’évoquent que peu ou pas du tout la gravité de la situation économico-sociale du pays ni d’ailleurs ces fortunes qui se sont amassées en un temps aussi court. La « présence syrienne », qui, à en lire une bonne partie de la presse ou à entendre certains Libanais, serait responsable de tous les maux qui rongent le pays, a bon dos.

La reconstruction de ce qui a été détruit durant les quinze années de guerre civile, sur fond de spéculation immobilière et de gestion clientéliste, n’est pas étrangère au gonflement de la dette publique et à la constitution de fortunes colossales ayant bénéficié aux proches du clan Hariri. Les 18 milliards de dollars de crédit qu’a nécessité la reconstruction du centre de Beyrouth continue de coûter très cher à l’économie libanaise.

À l’origine, Rafik Hariri, alors premier ministre, avait conçu l’ambitieux projet de redonner à Beyrouth son rôle de capitale régionale financière. Il n’y est pas totalement parvenu parce que la donne a changé. De nouveaux pôles financiers - les pays du Golfe et même Amman, sont apparus et concurrencent Beyrouth. Résultat, si le centre de la capitale libanaise, avec ses hôtels de luxe, ses cafés-restaurants, donne l’image d’une ville moderne, voire développée, ayant retrouvé son passé prestigieux, les immeubles de bureaux sont désespérément vides faute d’acheteurs. On compterait de plus quelque 300 000 logements n’ayant pas trouvé preneurs. En revanche, les quartiers périphériques de la ville, notamment le sud déshérité de la capitale, ont été délaissés.

Cette reconstruction et le développement des infrastructures - autoroutes, ponts, nouvel aéroport de Beyrouth - a permis une relative relance de la croissance, notamment dans le domaine des services, mais aussi l’émergence d’une société à deux vitesses caractérisée par des inégalités sociales criantes.

Selon les statistiques officielles d’avant la guerre infligée par Israël au Liban en juillet 2006, le taux de chômage était officiellement estimé à 20 %. Mais selon les ONG locales et le Parti communiste libanais, il serait supérieur à 30 %, tandis que la pauvreté touche près de 40 % de la population. Le salaire moyen, pour ceux qui travaillent, est de moins de 300 dollars pour 48 heures de durée légale de travail. Pour avoir une idée du niveau de vie, un café coûte l’équivalent de plus de deux dollars, un sandwich (repas du pauvre), l’équivalent de deux dollars.

La guerre d’agression israélienne de juillet 2006, qui a détruit ce qui a été reconstruit dans les quartiers sud entre 1990 et 2006, avec le déplacement de plus d’un million de personnes, a accentué le ralentissement économique. Pour avoir une idée de l’ampleur des défis à relever, il faut savoir que le PNUD a évalué le coût total des dégâts occasionnés par la guerre de l’été 2006 à 15 milliards de dollars.

De fait, entre d’une part le financement coûteux de la réhabilitation des infrastructures détruites ou endommagées, la libéralisation économique exigée par les bailleurs de fonds internationaux et, d’autre part, la satisfaction de la demande sociale, le gouvernement de Fouad Siniora est écartelé et se rend impopulaire en optant en faveur de choix douloureux. Ce pouvoir est ainsi contraint à une gestion entraînant d’inévitables tensions sociales, lesquelles alimentent à leur tour l’exacerbation de la crise politique.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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