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ECONOMIE: LES ACTIONNAIRES SE SUCRENT EN ABONDANCE
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L
es profits des entreprises cotées en bourse s’envolent, tandis que les salaires stagnent. Les actionnaires ne relâchent pas leur pression. Les revendications se multiplient dans un contexte de fortes hausses des prix.


 

Les entreprises françaises cotées en bourse se portent bien. Pour nombre d’entre elles, l’année 2007 s’est soldée par des profits en forte progression. Les dividendes versés aux actionnaires montent en flèche tandis que les salaires stagnent ou n’évoluent que très lentement.

 

Les exemples ne manquent pas, qui illustrent parfaitement cette tendance. A commencer par la situation du groupe Carrefour. Le numéro un européen et premier employé privé en France affiche des chiffres plus que satisfaisants « Le résultat opérationnel du groupe (3,2 milliards en 2006) sera en progression sur l’exercice », se réjouissent ses dirigeants. Le distributeur avait réalisé un bénéfice de 1,8 milliards cette année-là. Les actionnaires n’ont donc pas de souci à se faire, d’autant que les ventes ont grimpé de 7% en 2007. A Marseille, les salariés, et notamment les caissières, qui ont débrayé durant seize jours demandaient tout simplement une augmentation de 45 centimes sur les tickets restaurant. Les salaires de la plupart d’entre eux varient entre 850 et 1000 euros.

 

 

Editorial
Tandis qu’un nombre croissant de salariés tire le diable par la queue, les actionnaires des entreprises du Cac 40 empilent les dividendes. Et qu’on se le dise, il ne faut surtout pas freiner leur appétit. Sinon, dit-on, les capitaux s’envoleront aussitôt vers d’autres contrées au capitalisme florissant. Mais comment croire un seul instant que les pouvoirs publics sont à ce point impuissants devant un tel partage inégal des richesses ? Comment ne peuvent-ils pas au moins imposer un même rythme de croissance aux dividendes et aux rémunérations ? En réalité, le gouvernement laisse ainsi faire au nom de la sacro-sainte « autonomie » des entreprises. Cet argument est régulièrement brandi, pas question donc de gêner le patronat. La situation devient-elle alarmante, avec une hausse scandaleuse des produits alimentaires ? François Fillon compatit, il promet enquête et « opération coup de poing ». Les salariés sont-ils contraints d’enchaîner les arrêts de travail pour se faire entendre et arracher des clopinettes ? Le ministre du Travail redécouvre les vertus de l’intéressement. Il s’apprête à empiler de nouvelles dispositions et se propose d’arroser les employeurs d’avantages fiscaux. Des chapelets de bonnes intentions en somme, qui ne sont d’aucun secours aux salariés et ménages de conditions modestes. Des mots pour tout juste rassurer et gagner du temps. Une politique d’abandon.

Nadjib touaibia

 

 

De façon générale, la hausse des profits des entreprises du Cac 40 est fort importante. En 2006, les dividendes ont atteint 8,5% de la valeur ajoutée des entreprises (voir le mensuel Alternatives économiques de janvier 2008).

 

Pourtant grassement rémunérés, les actionnaires font également pression pour conserver un retour d’investissement qui leur paraît satisfaisant. Soit un niveau minimum de 15%, selon les économistes. Le cas échéant, ils menacent d’aller voir ailleurs. Car « la mondialisation a rendu les capitaux très mobiles », expliquent-on. C’est dire la nécessité du bras de fer que sont contraintes d’engager en permanence les organisations syndicales. D’autant que dans ce rapport de force, elles ne reçoivent pas d’appui de la part des pouvoirs publics. Lesquels se montrent en revanche très généreux envers le patronat, multipliant les subventions, exonérations et autres coups de pouces.

 
 

Licenciements « préventifs »
Nombre des ces entreprises qui engrangent ainsi des bénéfices impressionnants ne se privent pas de supprimer des emplois. Il est même question de « licenciements préventifs ». Autrement dit, les niveaux des effectifs sont plus que jamais devenus une variable d’ajustement de la stratégie des grands groupes. Le cas de Michelin est particulièrement éloquent de ce point de vue. Le fabricant de pneumatiques a récemment décidé la fermeture d'une de ses usines françaises. Il préfère s’installer dans un pays à bas coût de main-d’œuvre. Il se prépare ainsi à laisser sur le carreau quelque 826 salariés, gratifiés de « mesures d’accompagnement ». Tant pis pour eux, « c'est lorsque les résultats sont bons qu'il faut investir et garantir l'avenir », a justifié Michel Rollier, cogérant de l’entreprise. En effet, le résultat net du groupe progresse de 34,7 %. Ses ventes repartent à la hausse, après deux années de stagnation. En fait, le groupe réédite le coup de 1999. Avec un bénéfice semestriel en hausse de 17 %, il annonçait alors 7 500 suppressions de postes en Europe. La décision avait soulevé un tollé. Syndicats et partis politiques de gauche avaient dénoncé des « licenciements boursiers ».

 

 

 

Bénéfices à la hausse, salaires en berne, menaces sur les emplois… Le terrain est ainsi propice à une multiplication des mouvements sociaux. Les arrêts de travail font tâche d’huile.L’amélioration des revenus est au centre des revendications.Les salariés ont le sentiment d’être les dindons de la farce.


Analyse NadjibTouaibia
photo: DR

 


http://journal-lamarseillaise.com/index.php?option=com_content&task=view&id=4897&Itemid=1
Une politique d’abandon
Autre exemple, Bnp Paribas vient d’annoncer à son tour un résultat net de 7,8 milliards d’euros en 2007. « La meilleure performance de notre histoire », apprécie la direction de la banque. Aussi, décide-t-elle « une nouvelle progression du dividende de 8%, après 19,23% l’an passé et 30% il y a deux ans », relèvent les syndicats FO et CGT. Ces organisations appellent d’ailleurs à une journée d’action le 9 avril. Elles revendiquent « le maintien du pouvoir d’achat par une revalorisation générale des salaires ».
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Tag(s) : #Chronique présidentielle
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