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Tribune libre - Article paru le 23 février 2008 dans l'humanité

Réflexions d’un maître d’aujourd’hui qui donnent envie de revenir à l’école

École : droit de réponses,

de Sylvain Grandserre.

Éditions Hachette, 224 pages, 15 euros.

L’image de l’école est brouillée. Aux parents d’élèves qui se demandent ce qui s’y passe, à ceux qui dénoncent ce qu’ont fait de l’école « les soixante-huitards » et leur pédagogie, que répondre et qui répondra, alors que perdure un climat d’angoisse et de crispations qui laisse difficilement place aux débats constructifs sur l’école ?

« Nous adultes devons aussi être un peu plus au clair, car notre attitude ne manque pas d’ambiguïté dans nos désirs d’émancipation d’une jeunesse que nous souhaitons autant que possible soumise », souligne Sylvain Grandserre, enseignant en milieu rural, militant de mouvements pédagogiques. Pourquoi ne pas dès lors invoquer un légitime droit de réponse de l’intérieur ? Encouragé en ce sens par Philippe Meirieu, il assume posément dans l’ouvrage les partis pris de ceux qu’on a appelés « les pédagogues » face aux réactionnaires de tout poil et à ces ministres successifs qui, reléguant les intérêts des enfants et des enseignants au second plan, se sont fait les ministres des parents et d’un retour fantasmé aux « fondamentaux ». Le choix de la forme épistolaire a le mérite de varier les interlocuteurs pour décliner les réponses à la sempiternelle crise de l’école et à toutes les attaques et mises en cause dont elle est l’objet. L’objectif est triple. Expliquer ce qui se fait aujourd’hui, donnant à voir ainsi que les « bonnes vieilles méthodes » ont été abandonnées surtout pour cause d’inefficacité. Répondre aux attaques récurrentes sur la prétendue baisse de niveau, l’illettrisme, les « privilèges » des enseignants, Mai 68…, et enfin promouvoir d’autres formes de travail, au sein de classes coopératives plus actives, donnant davantage de sens à l’activité scolaire des élèves, car « on le sait bien, la question reste posée de savoir comment enseigner à des élèves… qui ne veulent pas apprendre ! ».

Pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui se passe de mieux ailleurs ? En regardant ici, avec l’expérience de l’école Freinet de Mons-en-Baroeul, près de Lille (voir l’Humanité du 3 septembre 2007), et là-bas, avec le système scolaire finlandais, des voies d’avenir apparaissent. Loin d’être les coupables de tous les maux, ceux qu’on a appelés « les pédagogues », qui peuvent indiquer la voie d’une école régénérée, demeurent confinés aux marges du système éducatif, se heurtant aux différents gouvernements, a fortiori de droite. En effet, pour refonder la formation des enseignants (qui néglige

à la fois les ressources théoriques des grandes figures de la pédagogie et les ressources pratiques des classes coopératives), pour pallier par de plus justes péréquations les très larges inégalités de moyens entre les communes (qui ont la charge

de la construction et de l’équipement des établissements), pour alléger et réorienter les programmes, pour établir des passerelles entre les crèches, les écoles, les collèges et les lycées, il faut des choix politiques bien prononcés, renouvelés. « À ceux qui préfèrent la cécité de jadis (qui permettait d’ignorer le devenir sordide des ouvriers et autres paysans) à la réalité d’aujourd’hui (qui leur jette à la figure toute la composition de notre société) », Sylvain Grandserre répond en substance que « l’essentiel ne se décrète ni ne s’impose » : la motivation et la bienveillance des enseignants, la confiance des parents et le bien-être des enfants sont à regagner, sous condition qu’une politique repensée puisse émerger, à rebours de celle qui s’annonce ces jours-ci encore.

Nicolas Mathey

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Tag(s) : #Education
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