Grand sud
Saragosse met l’eau à la bouche
Après avoir dévalé les Pyrénées espagnoles, puis traversé les vastes plaines arides et ocre qui s’étendent dès la sortie de Huesca et en disent long sur la sécheresse qui sévit, l’arrivée sur Saragosse dans la vallée verdoyante de l’Ebre est spectaculaire. Les ballets des grues dressées le long du fleuve nourricier, les pavillons futuristes qui s’érigent sur ses rives, la construction achevée d’Actur-Rey Fernando, quartier du futur, le lifting en cours de toutes les façades historiques, dont celles des monuments prestigieux du patrimoine comme la basilique du Pilar ou la cathédrale San Salvador qui bordent la somptueuse place du Pilar, le mariage accompli du baroque et d’architectures contemporaines parmi les plus audacieuses témoignent des capacités de la capitale de la région autonome de l’Aragon à se tourner résolument vers le troisième millénaire. La ville se fait belle et donne naissance à une nouvelle cité pour accueillir, à partir du 14 juin prochain et pour trois mois, l’exposition internationale sur le thème de l’eau et du développement durable.
Le choix international de Saragosse, cinquième ville d’Espagne avec près de 675 000 habitants, n’est pas fortuit. La capitale aragonaise figure en tête de toutes les villes, et bien au-delà de la péninsule ibérique, pour sa politique de maîtrise et d’économie de la consommation d’eau urbaine. Alors que cette consommation a augmenté pratiquement dans toutes les grandes villes d’Europe, Saragosse l’a réduite en quinze ans de manière spectaculaire. La quantité d’eau consommée par an avoisine maintenant les 63 hectomètres cubes (64,10 en 2006), alors qu’elle dépassait 84 hectomètres cubes en 1995 et 105 hectomètres cubes il y a trente ans de cela. Alors que la population n’a cessé d’augmenter depuis. « Notre plus grande fierté, c’est d’avoir obtenu un niveau de consommation d’eau inférieur à celui de la ville quand elle avait 200 000 habitants de moins, nous sommes en dessous de la moyenne espagnole, qui est déjà en dessous de la moyenne européenne », se félicite le maire socialiste de la ville, Juan Alberto Belloch, ancien ministre espagnol de la Justice, puis de l’Intérieur.
Les efforts redoublés portent sur deux terrains. L’action contre la déperdition des réseaux et un ensemble de mesures incitant à baisser individuellement et collectivement les consommations. Depuis le lancement en 2002 du plan d’amélioration du réseau, 56 % des canalisations en fibrociment et en fonte ont été remplacées par de la fonte plus douce et non toxique pour l’alimentation et du polyéthylène. Il faut savoir que la perte d’eau en raison de la vétusté du réseau, comme cela est le cas dans beaucoup de villes de France, peut atteindre 35 à 40 %.
Parmi les nombreux dispositifs mis en place pour contrôler quartier par quartier les consommations et réduire ces dernières, une politique tarifaire particulière favorise ceux, ménages et entreprises, qui réalisent une diminution du volume consommé d’une année sur l’autre. Ces mesures vont de concert avec une campagne permanente de sensibilisation de la population et d’éducation des plus jeunes.
L’exposition internationale devrait encore renforcer cette pédagogie de l’eau en direction des nouvelles générations grâce à une série de supports et d’actions adaptés au niveau scolaire et en lien avec des activités menées en classe. « L’exposition constitue aussi un tremplin pour la formation des jeunes, qui surveillent ensuite ce qui se passe à la maison et impliquent eux-mêmes les parents », explique Pilar Gonzalez, responsable de l’action éducative pour l’exposition internationale. Elle précise que la plupart des instituteurs s’impliquent déjà dans les projets annoncés.
Saragosse poursuit et renforce encore sa politique de gestion de l’eau et de baisse de la consommation. La ville s’est engagée dans le projet dit « Switch », lancé par l’Union européenne et l’UNESCO. Mis en oeuvre dans le quartier Actur-Rey Fernando, il combine les dispositifs techniques et des mesures à caractère social et éducatif. En 2006, la capitale de l’Aragon a été choisie parmi d’autres métropoles au monde pour accueillir le secrétariat de l’ONU pour la Décennie de l’eau. « Nous voulons continuer à mener des actions exemplaires. Si Kyoto est la capitale mondiale pour la lutte contre les gaz à effet de serre, nous voulons à Saragosse gagner le titre de capitale de l’eau », souligne Juan Alberto Belloch.
Il y a l’eau, il y a l’air. Le maire précise que six millions d’arbres vont être plantés sur le site de l’exposition, dans la ville et sur les rives de l’Ebre, pour compenser l’émission de gaz carbonique générée par la réalisation et les activités de cette manifestation internationale. « Nous voulons être cohérents avec la vocation que nous nous sommes fixée pour le présent et le futur de Saragosse. »
Alain Raynal
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