l’Humanité des débats. Politique industrielle
La France est-elle encore une puissance industrielle ?
Rappel des faits
Kodak, Arc International, Miko, Michelin Kleber, Arcelor-Mittal… Les annonces de fermetures et de restructurations industrielles se succèdent et se ressemblent.
« Mon objectif est de garder des usines en France, car un pays qui n’a plus d’usines n’a plus d’économie », déclarait Nicolas Sarkozy le 4 février, à Gandrange (Moselle), à l’occasion d’une visite aux salariés d’Arcelor-Mittal. Pas besoin de jouer longtemps les détectives pour débusquer l’imposture. Un chiffre est tombé quelques jours après les déclarations du chef de l’État, celui du bénéfice annuel net de Mittal pour 2007 : 7,5 milliards d’euros, en hausse de 30 % sur 2006 ! Les deux tiers de la somme seront pour les actionnaires. Et ceux-ci peuvent dormir tranquilles : Nicolas Sarkozy n’a pas prévu d’agir pour que les 30 millions d’euros d’investissements nécessaires à la préservation du site de Gandrange soient prélevés sur leurs dividendes. Il préfère évoquer le Fonds pour la réindustrialisation, abondé par l’État. Une question peut tarauder néanmoins : et si, aujourd’hui en France, l’État était réduit à jouer ainsi les infirmiers, au chevet d’une industrie qui serait irrémédiablement déclinante ? Depuis 2000, pas moins de 500 000 emplois industriels ont été détruits. Mais c’est bien au nom du profit qu’ils l’ont été, l’obsolescence de certaines industries lourdes servant de faux prétexte. Aujourd’hui, notamment du fait de la hausse du prix de l’énergie se répercutant sur les coûts de transports, il se pourrait bien, d’ailleurs, que des entreprises aient intérêt à « relocaliser ». Certaines le font déjà, mais en posant des « conditions » aux pouvoirs publics (cadeaux fiscaux, exonérations diverses, etc.) pour que la relocalisation soit plus juteuse même que la délocalisation. En quoi l’État serait-il obligé de céder à un tel chantage qui engage jusqu’à sa souveraineté ?
L. E.
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