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International - Article paru le 21 février 2008 dans l'Humanité

Les Libanais hantés par le spectre de la guerre civile

Liban . Affrontements entre chiites et sunnites, les signes de tensions sont omniprésents et ravivent les craintes d’un embrasement.

Beyrouth,

envoyé spécial.

À moins d’une semaine d’une énième réunion du Parlement devant élire le chef de l’État, la tension est vive au Liban. Les graves incidents ayant opposé, samedi et dimanche, des militants chiites du parti Amal et du Hezbollah à leurs adversaires sunnites du Courant du futur, de Saad Hariri, ont ravivé les craintes d’une guerre civile. Dans le quartier de Ras el Nabeh, ils se sont affrontés à coups de jets de pierres, de cocktails Molotov sur fond de saccages de magasins et de voitures, et même de tirs d’armes automatiques.

Dans la soirée de diman- che, des inconnus ont tiré sur des militants chiites qui collaient des portraits d’Imad Moughnieh, le chef militaire du Hezbollah assassiné à

Damas, à proximité du camp palestinien de Sabra (sud de la capitale), faisant un mort et plusieurs blessés. Jouant les pompiers volants, l’armée a réussi à rétablir le calme en s’interposant entre les protagonistes.

Une chose est sûre : les Libanais sont inquiets. Les ingrédients d’une crise pouvant déboucher sur un embrasement semblent réunis. Des armes circulent dans le pays. En plus du Hezbollah, la quasi-totalité des partis disposent de milices armées, et ce même si, publiquement, tous font confiance à l’armée, seule institution à être restée au-dessus de la mêlée.

Signe de la détérioration de la situation, un communiqué du ministère des Affaires étrangères saoudien a jeté le trouble en invitant les ressortissants de ce pays à ne pas se rendre au Liban et à ceux qui s’y trouvent à limiter leurs déplacements. Des informations, difficilement vérifiables, font état de menaces d’enlèvement de diplomates saoudiens par des groupes djihadistes. D’ail- leurs, l’ambassade d’Ara- bie saoudite au Liban est sous haute surveillance sécuritaire. Des blindés de l’armée libanaise, des murets en béton posés en travers de l’artère bordant l’ambassade filtrent les véhicules et interdisent tout stationnement.

Et comme si cela ne suffisait pas, Paris a décidé de fermer « provisoirement » ses centres culturels à Saïda et Tripoli pour des « raisons sécuritaires ». Dans ces villes, à majorité sunnite, des djihadistes - dont beaucoup ont réussi à s’échapper du camp de Nahr el Bared, où le Fatah al-islam, présenté comme lié à la nébuleuse al Qaeda, a été délogé par l’armée libanaise après plusieurs mois de siè-

ge -, auraient reconstitué des groupes armés et seraient prêts, selon un site Internet djihadiste, à passer de nouveau à l’action, y compris contre les chiites.

Dans Beyrouth, l’armée est omniprésente. La multiplication des check-points dans les rues où se trouvent des bâtiments officiels, interdites à la circulation, occasionne des embouteillages à toute heure de la journée. Le siège du gouvernement, près de la place Riadh el Solh, est carrément barricadé. Barbelés, chicanes en béton interdisent ses abords aux véhicules et aux piétons.

Qui plus est, se greffent sur ces tensions internes les menaces lancées par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à l’endroit d’Israël accusé d’avoir assassiné Imad Mou- ghnieh. À entendre les sympathisants du Hezbollah dans Beyrouth-Sud, décoré de drapeaux noirs, de portraits d’Imad Moughnieh et d’autres martyrs chiites, ils sont prêts « à suivre son exemple ».

Si, pour Michel Aoun, chef du Courant patriotique libre (CPL) et allié du Hezbollah, l’assassinat de Mough- nieh « a contribué à élargir le champ du terrorisme », pour la majorité au pouvoir, les menaces du Hezbollah ont un rapport direct avec la tension existant entre l’Iran et les États-Unis et les relations tendues entre la

Syrie et l’Arabie saoudite. « L’objectif est toujours de négocier à travers le Liban et en utilisant son territoire », accusait lundi Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste (PSP, druze).

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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