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Tribune libre - Article paru le 19 février 2008 dns l'Humanité

 

L’école dans la tourmente néolibérale

Par Bernard Calabuig, membre de l’exécutif national du PCF, responsable du secteur éducation, enseignement supérieur et recherche ; Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice en charge des enseignements scolaires pour le groupe CRC ; José Tovar, secrétaire national du Réseau École.

Avec la réforme des universités dite loi LRU, adoptée en plein mois d’août, et le début de mise en oeuvre de la désectorisation dès la rentrée 2007, puis avec sa Lettre aux éducateurs, catalogue de mesures rétrogrades dessinant les contours d’une « refondation » conservatrice de l’école, Sarkozy avait donné le ton. Depuis, le gouvernement, le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, et le président lui-même ne cessent d’annoncer réformes, projets et rapports divers.

- Rapport Bentolila, sur l’école maternelle, qui vise à supprimer purement et simplement toute scolarisation des deux-trois ans, et plan visant à s’attaquer aux structures et enseignements de l’école élémentaire (programmes, horaires et fonctionnement), le président cherchant au passage, à travers les épisodes pitoyables du « devoir de mémoire » sur la lettre de Guy Môquet et sur les enfants de la Shoah, à imposer une conception compassionnelle de l’histoire et de la morale.

- Réduction d’un an de la durée de formation des bacs pro et perspective de réunification en un seul système à options de l’ensemble des baccalauréats, qui ne pourraient qu’aboutir à l’échec renforcé et à l’éviction vers le marché du travail de dizaines de milliers de lycéens supplémentaires chaque année.

- Rapport Attali, effarante compilation de mesures néolibérales les plus éculées, frisant parfois le ridicule comme l’idée de faire évaluer les enseignants par les élèves ( !) et livre vert de la commission Pochard, véritable provocation contre les enseignants : les propositions qu’ils énoncent cultivent l’illusion d’un accès facilité et massif des jeunes à « l’économie de la connaissance » qui ne dépendrait que de la volonté et du mérite de chacun - élève comme enseignant -, seul responsable de son échec, ou de sa réussite éventuelle. Le système, libéré des carcans réglementaires et des statuts de service public réputés entraver l’élan « créateur et confiant », participerait ainsi à « libérer la croissance » !

- Mesures « éducation » de l’insigne plan banlieue se résumant à construire quelques « écoles de la deuxième chance » et des internats pour élèves « en difficultés familiales ». Enfin, la mise en place d’une commission « E-educ », destinée à étudier les conditions du développement des formations informatiques et des technologies nouvelles à l’école, et placée sous la houlette d’un dirigeant du MEDEF !

Les débats, les résistances et les luttes qui se développent à travers le pays sur ces questions démontrent, une fois de plus, les contradictions qui surgissent entre, d’une part, la volonté des classes dominantes d’accélérer la mise en oeuvre de la feuille de route tracée par la Commission européenne dans le cadre de l’agenda de Lisbonne en 2000 et, d’autre part, les aspirations populaires à plus de justice sociale. Dans ce contexte, un constat s’impose à tous : si l’accès aux études longues s’est incontestablement démocratisé ces dernières décennies, les inégalités sociales ne reculent pas.

Pour assurer la pérennisation du système capitaliste, la droite veut construire un système éducatif qui facilite le façonnage les esprits et la fabrication d’une main-d’oeuvre adaptée à ses besoins. Pour y parvenir, elle cherche à diviser les personnels du système éducatif, les familles, les jeunes et au sein même de chacune de ces catégories. Elle s’évertue à faire progressivement admettre par l’opinion publique que le coût de l’éducation constitue une charge trop lourde pour les finances publiques, que l’échec scolaire résulte des insuffisances individuelles et non d’un échec collectif relevant des insuffisances du système.

Ainsi, par exemple, le gouvernement fait en sorte que le coût du soutien « ordinaire » aux élèves en difficulté soit traité le plus possible en marge de l’enseignement obligatoire : en interne, c’est l’utilisation des heures d’enseignement supprimées à tous ; en externe les dégrèvements fiscaux au profit d’entreprises privées comme Acadomia.

Ainsi encore, toute une série de dispositifs vise à récompenser les « plus méritants » en favorisant leur orientation et leur affectation vers des établissements et classes d’excellence, ceux jugés « en échec » étant orientés vers des voies de relégation ou vers l’apprentissage. Au final, l’école sera dessaisie de sa responsabilité historique à délivrer un enseignement commun à tous.

Cette frénésie réformatrice accompagne et justifie de nouvelles suppressions massives de postes, de classes, d’options, voire d’établissements scolaires pour la prochaine rentrée.

Tous les sondages montrent que l’éducation et la formation des jeunes sont parmi les premières préoccupations des électeurs. Pourtant, les forces de progrès semblent paralysées devant ce déferlement réformateur, et bien peu de candidats aux prochaines élections s’aventurent à aborder ouvertement ces questions.

Les risques d’une nouvelle explosion revendicative du monde scolaire et de la jeunesse, ajoutés à la crainte d’un vote sanction massif aux municipales, expliquent sans doute la succession de déclarations de prudence du gouvernement et du ministre face au contenu délirant et provocateur de ces projets. Il n’en reste pas moins que ceux-ci portent en eux les véritables orientations qu’ils comptent mettre en oeuvre, une fois l’échéance des élections municipales passée. D’autant qu’ils semblent faire consensus entre les forces de la droite libérale autoritaire et celles du social-libéralisme incarnées par une partie de la gauche, dont l’absence de réactions sur ces dossiers est par ailleurs spectaculaire. Le choix fait par certains dirigeants à gauche de conforter les orientations politiques définies au niveau européen, tandis que d’autres se cantonnent à une stratégie exclusivement protestataire explique, pour l’essentiel, cet apparent paradoxe.

Combien de temps encore, les forces de progrès laisseront-elles cet enfermement paralyser toute perspective alternative pour l’école, les jeunes et le pays ?

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Tag(s) : #Education
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