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Politique - Article paru le 18 février 2008 dans l'Humanité

Les communistes au coeur de la bataille

Élections . Le Parti communiste aborde les élections municipales et cantonales dans un paysage plus favorable qu’il ne le redoutait.

Les communistes parviendront-ils à conserver « leurs » municipalités, « leurs » cantons et à en gagner d’autres ? Y aura-t-il plus ou moins d’élus communistes dans les municipalités à l’issue des scrutins de mars ? Avec 734 maires, dont 83 dans des villes de

plus de 10 000 habitants, 242 conseillers généraux et la direction de deux départements (le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis), ils ont gros à perdre. Fragilisés après le score de 1,93 % de l’élection présidentielle, incertains quant à l’avenir de leur formation et de leur combat, les communistes, pour tenter de rebondir, doivent miser sur leur implantation locale. Elle est pour le moment leur force essentielle. Membres du PCF, sympathisants ou apparentés, ils sont entre 50 000 et 60 000 à être candidats aux élections municipales. « Nous sommes, par notre implantation, la troisième force politique dans le pays », aime à rappeler Marie-George Buffet.

Au PCF, on multiplie les formules de précaution, mais on ne cache pas que le paysage, à quelques semaines du scrutin, est plus favorable qu’on ne le craignait. D’une part la désaffection de l’électorat vis-à-vis du président de la République et la colère face aux engagements non tenus créent les conditions d’un bon résultat pour la gauche. Jour après jour les sondages montrent qu’elle peut emporter des villes détenues par la droite. D’autre part, l’appel du PCF à des listes d’union de la gauche a en général été entendu. Cette stratégie a prévalu dans l’immense majorité des communes. Il n’y a que quelques cas où des organisations locales du PCF lui ont préféré une alliance à la gauche de la gauche. Dans la plupart des communes, PCF et PS se retrouvent sur des listes d’union. Dans 16 villes de plus de 10 000 habitants dirigées par un maire communiste, ce n’est pas le cas. Mais les enquêtes d’opinion et le climat sur le terrain indiquent que les primaires provoquées par le PS tournent souvent en faveur des listes conduites par le maire communiste sortant. C’est aussi le cas dans des villes prises par la droite au Parti communiste, comme Nîmes, Le Havre ou Sète, où le PS présente une liste de division. Les conditions semblent favorables à un succès de la gauche, auquel le Parti communiste prendrait sa part et dans lequel il pourrait tirer son épingle du jeu.

de nouvelles réponses

Lors des législatives, la bonne tenue des députés communistes sortants avait été en général mise au compte de leur popularité locale. Est-ce la seule explication ? Les résultats locaux ne traduisent-ils qu’une simple « résistance » à un déclin inéluctable ? Depuis 2001, le résultat des deux présidentielles a été calamiteux pour le Parti communiste, et son avenir est donné comme précaire. Sur le terrain, la situation est difficile : les forces militantes ont été amoindries, le déclin électoral, les victoires de la droite et l’absence de perspectives créent un profond désarroi. Pourtant ce n’est pas la désolation, et le paysage est plus contrasté. Dans les municipalités communistes, mais aussi dans les départements et les régions, la pratique des élus s’est transformée. Les expériences de démocratie participative ont commencé à se généraliser. Dans certaines villes communistes, les élus poussent ces expériences jusqu’à la codécision, un partage du pouvoir. Cette pratique démocratique les a conduits à revisiter les politiques municipales, à formuler de nouvelles réponses aux aspirations de la population. Les élus communistes sont aujourd’hui porteurs d’un développement de leur territoire, de projets de ville ambitieux. Ce n’est évidemment pas le cas partout, mais ces pratiques se sont étendues au point qu’elles constituent désormais ce qu’André Chassaigne, le président de l’Association nationale des élus communistes, appelle « leur marque de fabrique ».

Ces transformations ne concernent pas seulement les élus communistes. Dans bien des départements, les luttes pour la défense et la promotion des services publics, pour la Sécurité sociale ou contre la carte judiciaire ont placé des militants communistes au coeur de réseaux citoyens. Dans la campagne pour le « non » au traité constitutionnel européen, le Parti communiste a participé à des centaines de collectifs locaux. Les liens qui se sont créés dans ces réseaux et collectifs et les pratiques nouvelles qui s’y sont instruites ne semblent pas s’être totalement délités avec la campagne présidentielle. Auront-ils une influence sur les résultats locaux du PCF ?

des conquêtes par le travail de terrain

Michel Laurent, responsable du secteur « vie du parti » à la Direction nationale du PCF, y croit. « J’ai toujours pensé que l’influence du Parti communiste se reconstruirait sur le local », affirme-t-il. Il espère que le travail de terrain permettra des conquêtes nouvelles. Il cite entre autres Dieppe et Le Havre en Seine-Maritime, Romilly-sur Seine dans l’Aube, Vierzon dans le Cher, ou Saint-Claude dans le Jura. « Entre 15 et 25 sièges de conseillers généraux peuvent être gagnés par le PCF, estime-t-il, et des départements peuvent basculer à gauche. Dans ce cadre, l’Allier peut avoir un président communiste. » Les craintes ? Il y a évidemment le Conseil général de la Seine-Saint-Denis qui se joue à un siège. Le socialiste Claude Bartolone fait tout pour en conquérir la présidence et l’issue n’est pas écrite. Pour ce qui concerne les municipalités, Michel Laurent estime que « peu de villes communistes devraient basculer ».

la droite n’est pas invincible

Si la gauche et le Parti communiste obtiennent des succès, « ça peut dessiner un nouveau paysage », juge Michel Laurent. Est-ce qu’un succès de la gauche, profitant principalement au PS, ne l’encouragerait pas à une recomposition au centre ? « Au contraire, affirme le dirigeant communiste. Le succès sera attribué au rassemblement à gauche et c’est sur le social que Sarkozy est en recul. » « La page de la présidentielle ne serait pas tournée, estimait quant à lui Jean-François Gau, la semaine passée devant le Conseil national du PCF. Mais ça montrerait que la droite n’est pas invincible et ça redonnerait de l’actualité à la question de l’alternative politique. »

Olivier Mayer

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Tag(s) : #Politique
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