Les CRS chargent les grévistes à Carrefour (Marseille)
Une jeune caissière enceinte hospitalisée et le conseiller général Joël Dutto blessé.
16 février 2008
Au quinzième jour de conflit à l’hypermarché Carrefour Grand Littoral, les CRS sont intervenus hier, en fin d’après-midi, pour faire rentrer un camion. « Ils ont agi sur ordre du préfet qui a décidé d’accéder à la demande de la direction », précise Avelino Carvalho, responsable du commerce à l’union départementale CGT.
Un cordon de CRS a alors chargé, bousculant au passage une jeune caissière enceinte qui était toujours, hier soir, hospitalisée à l’hôpital Nord. Elle devait passer la nuit en observation mais, selon l’AP-HM « le bébé va bien ».
Une deuxième charge de CRS a eu lieu plus tard pour un second camion. Et, cette fois-ci, c’est le conseiller général Joël Dutto (PC) qui, blessé au visage, suite à un coup de matraque, et à la jambe, a été transporté par les marins pompiers. Il devait, selon l’APHM, sortir hier soir.
« Tout ça pour quatre palettes de marchandises », déplore, encore sous le choc, une caissière. « Ils ne sont pas venus le matin quand il y avait les hommes mais ce soir où nous étions surtout des femmes », assène Amania Gacemi, responsable CGT, Carrefour. Elle ajoute « C’est une honte ! Tout ce qu’on demande c’est le dialogue ».
Serge Baroni, élu communiste des Pennes-Mirabeau, explique « Nous étions plusieurs élus, notamment communistes à soutenir les manifestants. Vers 19 heures une délégation de 4 syndicalistes du Merlan, de Vitrolles, d Aix et de Grand Littoral a été reçue. Sans résultats. C’est à ce moment que les livraisons sont arrivées. Les grévistes ont voulu bloquer Les CRS, sans sommation, ont chargé. Trois personnes ont été blessées, parmi elles, Joël Dutto, qui avait son écharpe tricolore, a été le plus atteint. » Jean-Marc Coppola, secrétaire de la fédération du PCF, ajoute : « Ce qui se passe est scandaleux. J’essaie d’avoir le préfet depuis une heure. Au lieu d’envoyer la police contre des gens qui ne demandent qu’une revalorisation de salaire, il devrait plutôt, en tant que représentant de l’Etat, veiller au calme. Faire en sorte que tout le monde s’assoie autour d’une même table et négocie. »
Dans les rangs des organisations syndicales c’est bien entendu l’indignation qui régnait hier soir. « Ce qui est honteux c’est que le préfet donne un tel ordre alors que l’on est devant une direction qui refuse toute négociation et tout dialogue depuis 15 jours », souligne Avelino Carvalho. Il ne manque pas de rappeler au passage que « tout le monde a demandé que la préfecture mette les protagonistes autour de la table ce que le préfet a toujours refusé ». « Et aujourd’hui il envoie les CRS sans discussion », déplore-t-il.
Les militants syndicaux se mobilisaient hier soir, pour qu’il y ait aujourd’hui une réaction dans toutes les enseignes du département. De son côté, Bernard Thibaud, secrétaire général de la CGT, a interpellé hier soir le ministre du Travail sur le conflit. « Avant l’intervention des CRS, on a été averti. On a avisé le cabinet du maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a décidé de laisser faire », précise le responsable syndical. Pour sa part, la fédération départementale de la Ligue des droits de l’homme « condamne cet acte de violence que rien ne peut justifier et exprime sa solidarité avec Joël Dutto et les salariés blessés ».
Selon la police, « aucun incident n’a eu lieu ».
Hier soir, vers 20h30, le Préfet d’astreinte annonçait à Jean-Marc Coppola que la police ne ferait plus entrer les camions.
La Marsseillaise, le 16 février 2008
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