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Société - Article paru le 13 février 2008 dans l'humanité

Jouir d’un toit à soi

Galère . L’UNEF lance une affiche choc pour dénoncer les carences du logement étudiant. Entretien avec son président, Jean-Baptiste Prévost.

Votre nouvelle campagne fait dans la provocation. Pourquoi ce choix ? Jean-Baptiste Prévost. Si, par une provocation, nous parvenons à obtenir des réponses, je crois que cela en vaut la peine. Ce que dit cette affiche, c’est que la grande majorité des étudiants qui vivent chez leurs parents ne sont pas des « Tanguy ». Huit sur dix déclarent faire ce choix par contrainte. Au-delà du manque d’intimité évoqué ici, la carence en logements étudiants crée des problèmes nuisibles au suivi des études, auxquelles beaucoup finissent par renoncer. Nous souhaitons donc marquer les esprits. Ceux des étudiants. Et celui du gouvernement, en espérant qu’il apportera des réponses concrètes à nos questions.

À l’automne, la ministre de l’Enseignement supérieur annonçait des mesures en faveur de l’aide sociale étudiante. Insuffisantes ?

Jean-Baptiste Prévost. Extrêmement, puisque l’enjeu global ne portait que sur 50 millions d’euros. Surtout, aucune de ces mesures ne concernait le logement. Non seulement rien n’a été entrepris pour résoudre cette crise, mais, pire, le gouvernement ne s’est même pas donné la peine de respecter les engagements pris en 2004. Le plan Anciaux prévoyait alors de construire 50 000 logements étudiants et d’en rénover 70 000. À ce jour, nous devrions en être à 20 000 construits. Nous n’en sommes qu’à 8 300.

Est-on capable de mesurer le nombre d’étudiants en quête d’un logement ?

Jean-Baptiste Prévost. Oui et non. Beaucoup ne déposent même pas de dossier, persuadés de n’avoir aucune chance. Ce dont on est sûr, c’est que l’immense majorité aspire à vivre de façon autonome et que le manque de logements CROUS (1) a plusieurs conséquences : l’interruption ou l’arrêt prématuré des études, le salariat ou la cohabitation forcée chez les parents. C’est contre cette précarité et cette dépendance que nous nous battons. Un nouveau rapport Anciaux doit être rendu vendredi. Nous ne comprendrions pas que l’État ne mette pas les moyens publics pour construire des cités universitaires. Un plan pour le logement étudiant ne peut pas se résumer, comme on l’a trop fait dans le passé, à des mesures gadget portant sur la colocation, les chambres de 9 m2 ou la cohabitation intergénérationnelle. Nous ne nous satisferons pas d’effets d’annonce. Nous voulons du dur.

(1) Centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires.

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand

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Tag(s) : #Logement
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