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International - Article paru le 11 février 2008 dans l'humanité

Les déplacés kényans veulent quitter les camps

Kenya . Chassées de chez elles par les violences, trois cent mille personnes vivent dans des camps de déplacés ou tentent de rentrer chez elles.

Kitalé (Kenya), envoyée spéciale.

« Même la pluie nous fait souffrir… », se lamente Linette Morara. Un fagot de canne à sucre dans les mains, la jeune femme se tient devant sa tente dans le camp de déplacés de Charangani, à une vingtaine de kilomètres de Kitalé, à l’extrême ouest du Kenya. Ses sandales de toile s’enfoncent légèrement dans la terre noire et épaisse rendue boueuse par une journée de fortes pluies survenues bien avant la saison, qui d’ordinaire commence fin mars.

À l’aide d’une houe, certains des 7 000 déplacés rassemblés là creusent des tranchés entre les rangées serrées des tentes pour faire évacuer l’eau stagnante. Faites de bâches posées sur un fil tiré entre deux piquets, les tentes sont posées à même le sol et l’eau pénètre partout. « Nos couvertures, nos habits, tout est mouillé. Même le maïs qu’on nous a donné est abîmé », explique Linette. Avec le jour qui tombe, un brouillard blanchâtre se répand dans le camp, mélange de brume d’humidité et de la fumée dégagée par les petits foyers allumés un peu partout par les déplacés qui préparent leur repas du soir.

Pour le moment, la situation humanitaire des 300 000 Kényans déplacés par les violences qui ont suivi les résultats contestés de l’élection présidentielle du 27 décembre dernier est sous contrôle. Le déploiement des ONG a permis de parer à l’urgence, mais la pluie peut tout compromettre. « Nous allons arriver à la saison des pluies et ma grande peur est le risque de choléra dans ces lieux d’une telle concentration de population », s’inquiète Sophie Bruas, chef de mission d’Action contre la faim.

Dans la région de Charangani, située à près de 4 000 mètres d’altitude, le froid qui règne la nuit s’ajoute à l’humidité, accroissant la vulnérabilité des plus faibles. « C’est un problème, surtout pour les enfants, parce que le froid génère une perte d’énergie » alors que « les rations alimentaires reçues sont suffisantes mais peu variées », explique Alexis Moens, coordinateur d’urgence pour Médecins sans frontières (Belgique) à Kitalé.

L’avenir est menaçant. Une partie des personnes atteintes de maladies chroniques comme le sida, qui affecte environ 40 % de la population kényane, n’ont plus accès à leurs traitements en raison de leur déplacement. Malgré la mise en place d’un numéro de téléphone gratuit au niveau national, pour indiquer aux déplacés la structure de santé où ils pourront reprendre leurs thérapies, les risques de mortalité sont décuplés. Pour l’ensemble des Kényans l’accès aux soins, d’ordinaire globalement assuré, est mis à mal par les menaces et les violences ethniques, qui ont obligé une partie du personnel à quitter son lieu d’affectation habituel et perturbé le système.

À terme, la sécurité alimentaire est un autre sujet d’inquiétude. « Avec la perturbation des routes d’approvisionnement, il y a un risque dans les zones du nord du pays où l’équilibre alimentaire est déjà chroniquement fragile », explique Philippe Ribeiro, qui s’occupe des urgences pour MSF à Nairobi.

Sur les pentes fertiles du mont Elgon, les vastes zones laissées en friche par des paysans terrorisés par les violences, qui dans cette région de l’extrême ouest du pays ont débuté à la mi-2007, montrent ce qui pourrait se passer dans tout le pays. Si la sécurité n’est pas rétablie, les semailles ne pourront être faites avant les pluies d’avril. À terme, la nourriture, dont les prix ont déjà doublé avec la crise, risque de devenir inaccessible pour les personnes les plus fragilisées de la société kényane.

Camille Bauer

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Tag(s) : #Monde
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