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La "parole confisquée" et le "peuple ignoré" aux grilles du château

mercredi 6 février 2008
 

Animateur du site Internet Bellaciao, Roberto Ferrario craint que ce "hold-up démocratique" n’aggrave "la fracture entre le peuple et une classe politique qui se comporte en caste"...

de Rosa Moussaoui

À Versailles, les opposants à la ratification du traité, qui réclament un référendum, jugeaient durement les prises de position des parlementaires.

Il fallait voir la tête des Versaillaises incrédules, hier, aux abords du marché aux fleurs. Des manifestants, coiffés de bonnets phrygiens, entonnaient de joyeux "Ah ! Ça ira !" dans la cité royale. En marge du Congrès du Parlement, près de 1 500 personnes dénonçaient le "déni de démocratie" que constitue, à leurs yeux, le choix de la voie parlementaire pour ratifier le traité de Lisbonne, copié-collé du projet de Constitution européenne rejeté en mai 2005. Banderoles et pancartes en main, syndicalistes, militants communistes, écologistes, altermondialistes ou socialistes demandent aux parlementaires de ne pas "désavouer le choix du peuple".

Sylvie, de la CGT cheminots de Lille, disait être là pour « la défense du service public », remplacé, dans le traité, par la notion de « service d’intérêt économique général ». « La logique de libéralisation à laquelle nous sommes confrontés à la SNCF reste intacte dans ce traité », explique-t-elle. Trop jeunes pour avoir participé au référendum de 2005, une dizaine d’étudiants de Montpellier, les yeux embués de fatigue après une nuit de car, se sentent « floués ». « L’affaire a été étouffée par les médias », accuse une jeune femme, relatant des séances de lecture du traité de Lisbonne organisées dans son université. Simon, trentenaire toulousain, a appris l’initiative par Internet. Il brandit une pancarte : « Parole confisquée, peuple ignoré ». « J’ai dit « non » en 2005. Ce choix majoritaire est aujourd’hui piétiné. C’est gravissime, on touche à ce qui fait l’essence de la démocratie. D’autant que, comme le projet de Constitution, ce traité fige les politiques libérales : les majorités vont se succéder, sans changements substantiels. »

Au-delà du mépris affiché, nombreux sont ceux qui contestent les logiques qui président à la construction européenne. Michel Tavet est élu communiste de Neuilly-sur-Marne, où le « non » a recueilli 58,2 % des voix en dépit de l’activisme du maire socialiste en faveur du « oui ». Ceint de son écharpe tricolore, il dénonce « une Europe ultralibérale qui sacrifie les services publics et les droits fondamentaux (culture, éducation, santé) sur l’autel de la marchandisation ». Hervé Bramy, président PCF du conseil général de Seine-Saint-Denis, département qui a voté « non » à plus de 60 %, veut dire l’attachement du département « au respect d’un choix démocratique », mais aussi à « la construction d’une Europe qui réponde aux attentes des citoyens ». Ratification ou pas, le combat se poursuivra. « L’Europe était libérale avant le traité de Lisbonne, elle le restera après, constate Pierre Khalfa, de l’Union syndicale Solidaires. Nous devons prolonger ce combat par des mobilisations sociales et citoyennes pour peser sur les décisions. »

Dans la foule, la décision du Parti socialiste de s’abstenir est vivement critiquée. « La position du PS est intenable, analyse Christelle, chercheuse au CNRS. Je ne comprends pas l’incapacité de ce parti à tirer les leçons de ses échecs successifs. » Animateur du site Internet Bellaciao, Roberto Ferrario craint que ce « hold-up démocratique » n’aggrave « la fracture entre le peuple et une classe politique qui se comporte en caste ». Le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon est interpellé par des manifestants pour qui « le Parti socialiste, en cautionnant ce déni de démocratie, n’est plus de gauche ». « Comme vous, je suis malheureux de ce choix », répond-il. Vers 14 heures, le cortège se met en branle, vers le château de Versailles. Non loin de l’entrée, la mobilisation des forces de l’ordre, derrière les barrières et les grilles antiémeute, est impressionnante. Aux chants et slogans des manifestants pacifiques, les gardes mobiles répondent… par le jet de gaz lacrymogènes. Drôle de « démocratie ».

http://www.humanite.fr/2008-02-05_P...

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Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article60814
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Tag(s) : #Politique
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