Travailler : sans limite d’âge…
En matière de retraite, la commission Attali ne s’embarrasse pas de détails. Le rapport préconise de « laisser à tout salarié le libre choix de poursuivre une activité sans aucune limite d’âge (…) en bénéficiant, à compter de soixante-cinq ans, d’une augmentation de sa retraite, en levant tous les obstacles aux cumuls emploi-retraite et supprimant tous les dispositifs de préretraite ». Le principe de liberté de choix ici invoqué a bon dos. Dans le contexte des réformes de 1993 et 2003 qui érodent régulièrement le niveau des pensions, la proposition d’allonger sans fin la durée du travail s’apparente surtout à un moyen offert de compenser quelque peu cette perte de ressources programmée. L’absence de référence à l’âge légal ouvrant droit au départ (aujourd’hui soixante ans), garantie donnant son sens au droit à la retraite, en particulier dans les conditions actuelles d’exploitation du travail, ne laisse d’inquiéter. Idem pour le seuil des soixante-cinq ans, « oublié » lui aussi, qui assure à chacun, quelle que soit la durée de cotisation, de bénéficier du taux plein pour sa pension : à partir de soixante-cinq ans, en effet, la décote ne s’applique plus.
L’âge légal « n’est pas une obligation, mais un droit au départ » (…) « avec des moyens pour vivre correctement », souligne-t-on à l’Union des retraités CGT. « Si on pulvérise toute date limite, on peut aller vers la mise à la retraite sans moyens, de gens à partir du moment où ils seront jugés pas assez rentable pour l’entreprise. »
La suppression des « obstacles » au cumul emploi-retraite peut servir à légitimer à la fois la faiblesse des pensions et une offre de petits boulots, d’« emplois-vieux », à prix cassés, sur le modèle déjà en vigueur outre-Manche et aux États-Unis.
L’ensemble de ces mesures visant à allonger la durée de travail sont choquantes au regard de la réalité de l’emploi, dont quelque cinq millions de personnes sont encore privées. Le rapport se prévaut certes de la volonté d’augmenter le taux d’emploi des seniors, l’un des plus faibles d’Europe. Mais il ne contient aucune mesure contraignante de nature à changer le comportement des employeurs qui continuent d’évincer massivement les plus de cinquante-cinq ans des entreprises. La seule proposition avancée en la matière par la commission Attali a un goût de vieux : exonérer salariés et entreprises de cotisations chômage dès cinquante-cinq ans. Le rapport ignore ainsi les nombreuses études officielles mettant ouvertement en doute l’efficacité des allégements de charges pour l’emploi.
Y. H.
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