Une vision conservatrice du monde
Assistons-nous à une dérive de type culturo-religieuse présidentielle ayant pour objectif de provoquer un débat sur la laïcité afin de remettre à plat l’un des principes fondateurs de la République et, partant, d’aménager la loi de 1905 aux besoins de sa vision conservatrice du monde, semblable à celle de George Bush ? Dans son livre, la République, les religions et l’espérance (Éditions du Cerf), Sarkozy écrit : « Je suis convaincu, que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et réguler une société de liberté. » Cette conception selon laquelle « les religions sont un facteur d’apaisement » sera rappelée publiquement le 19 septembre 2005, à l’Institut de France à Paris : « Dans la France profonde, celle des campagnes, il y a un siècle, il y avait des instits et aussi des curés : (…) la religion a contribué à créer des citoyens. » Et il en est arrivé ainsi à expliquer le malaise des banlieues, qualifiées de « déserts cultuels et culturels », par l’absence de « lieux d’apaisement ».
Cette vision conservatrice s’étend à sa conception de la politique étrangère. Le monde est analysé selon une grille de lecture où la religion est le principal critère. Le coup d’envoi a été donné lors du discours du 27 août devant la Conférence des ambassadeurs de France. Les crises du Proche et du Moyen-Orient avaient été traitées sous l’angle de « la prévention » de la confrontation entre islam et Occident. Persuadé que dans « chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux », Sarkozy sous-entend que ce sont les différences culturelles et religieuses entre l’Occident chrétien et l’Orient musulman qui sont à l’origine des inégalités, de la pauvreté et de la misère, et non le marché capitaliste mondial. Aussi propose-t-il - et c’est en cela qu’il cherche à marquer sa différence avec George Bush - un dialogue interreligieux qui ne concernerait pas seulement les représentants des religions du Livre, mais qui serait soutenu par les États. Cette manière d’interpréter le politique à partir des différences culturelles propres à chaque peuple est inspirée par ce discours culturaliste, développé par certains penseurs anglo-saxons. Il permet de faire l’économie de la responsabilité de l’exploitation capitaliste dans le sous-développement des pays du tiers-monde, et de réduire les tensions internationales à des malentendus à caractère religieux ou culturels.
Hassane Zerrouky
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