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International - Article paru le 19 janvier 2008 dans l'humanité

Une vision conservatrice du monde

Sarkozy regarde le monde avec une grille de lecture inspirée par une vision culturaliste de la réalité internationale et où la religion est le principal critère.

Assistons-nous à une dérive de type culturo-religieuse présidentielle ayant pour objectif de provoquer un débat sur la laïcité afin de remettre à plat l’un des principes fondateurs de la République et, partant, d’aménager la loi de 1905 aux besoins de sa vision conservatrice du monde, semblable à celle de George Bush ? Dans son livre, la République, les religions et l’espérance (Éditions du Cerf), Sarkozy écrit : « Je suis convaincu, que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et réguler une société de liberté. » Cette conception selon laquelle « les religions sont un facteur d’apaisement » sera rappelée publiquement le 19 septembre 2005, à l’Institut de France à Paris : « Dans la France profonde, celle des campagnes, il y a un siècle, il y avait des instits et aussi des curés : (…) la religion a contribué à créer des citoyens. » Et il en est arrivé ainsi à expliquer le malaise des banlieues, qualifiées de « déserts cultuels et culturels », par l’absence de « lieux d’apaisement ».

Cette vision conservatrice s’étend à sa conception de la politique étrangère. Le monde est analysé selon une grille de lecture où la religion est le principal critère. Le coup d’envoi a été donné lors du discours du 27 août devant la Conférence des ambassadeurs de France. Les crises du Proche et du Moyen-Orient avaient été traitées sous l’angle de « la prévention » de la confrontation entre islam et Occident. Persuadé que dans « chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux », Sarkozy sous-entend que ce sont les différences culturelles et religieuses entre l’Occident chrétien et l’Orient musulman qui sont à l’origine des inégalités, de la pauvreté et de la misère, et non le marché capitaliste mondial. Aussi propose-t-il - et c’est en cela qu’il cherche à marquer sa différence avec George Bush - un dialogue interreligieux qui ne concernerait pas seulement les représentants des religions du Livre, mais qui serait soutenu par les États. Cette manière d’interpréter le politique à partir des différences culturelles propres à chaque peuple est inspirée par ce discours culturaliste, développé par certains penseurs anglo-saxons. Il permet de faire l’économie de la responsabilité de l’exploitation capitaliste dans le sous-développement des pays du tiers-monde, et de réduire les tensions internationales à des malentendus à caractère religieux ou culturels.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Chronique présidentielle
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