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Politique - Article paru le 18 janvier 2008 dans l'Humanité

 

Quand Mittal fait chanter les États

Depuis le début de la fusion en 2006, le numéro un mondial joue de la concurrence entre les bassins sidérurgiques.

Le prix de l’acier, rebaptisé « l’or gris », explose, la production mondiale crève les plafonds mais, deux ans, presque jour pour jour, après le lancement de l’OPA hostile du dragon Mittal sur le géant sidérurgique européen Arcelor, cette fusion, désormais parachevée pour les actionnaires, produit ses premiers effets destructeurs sur l’emploi. Et, cinglante ironie de l’histoire ou banal cynisme de la mondialisation, cela se passe à Gandrange (Moselle), sur le site même qui, racheté un franc symbolique à Usinor en 1999, aura servi de « vitrine sociale » en 2006 à l’Indien Lakshmi Mittal désireux de montrer son meilleur profil aux États d’Europe de l’Ouest et à la Bourse. Car dès l’annonce du raid financier, on s’en souvient, avant de remiser leurs grandes envolées, le Français Dominique de Villepin et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avaient promis d’en empêcher la réussite, à coup de « patriotisme économique » ou de « réponse aussi hostile que son OPA »… Aujourd’hui, le groupe devenu numéro un mondial du secteur continue, semble-t-il, de jouer de la concurrence entre les différents bassins sidérurgiques d’une grande région englobant le Nord (Dunkerque), la Lorraine (Florange), le Luxembourg et la Belgique (Liège et Gand). L’année dernière, au cours de très âpres négociations pour obtenir de la France et de l’Union européenne plus de quotas d’émissions de CO2, ArcelorMittal a menacé, faute d’accord, d’une « catastrophe sociale » qui le conduirait à anticiper la fermeture des hauts-fourneaux de Florange (Moselle), à ne pas procéder à la réfection d’un autre haut-fourneau à Dunkerque (Nord) et à des investissements à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Au bout de longs mois de tractations, le maintien en activité jusqu’en 2012 de la filière d’acier liquide à Florange a été arraché, mais au-delà, le sort des salariés n’est pas garanti. Ces derniers mois, c’est en Belgique qu’ArcelorMittal déploie un nouveau chantage à l’emploi : au moment de la fusion, le groupe, dont la région wallonne détient encore quelques miettes du capital, s’était engagé à relancer un haut-fourneau à Seraing, dans la banlieue de Liège. D’après le syndicat FGTB, cette opération devait au total, permettre de préserver 10 000 emplois directs et indirects. Mais, là aussi, depuis plusieurs mois, ArcelorMittal utilise la question des quotas d’émissions de CO2 pour faire machine arrière. Prévue pour le 21 janvier prochain, la relance vient d’être repoussée à une date ultérieure et, du coup, les syndicats appellent à la grève.

T. L.

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Tag(s) : #Politique
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