L’État décrète la fin des régimes spéciaux
Allongement à 160 trimestres de cotisation, décote pour ceux qui ne les totalisent pas, et indexation des pensions sur les prix étaient les points sensibles d’un dossier sur lequel directions, gouvernement et organisations syndicales avaient amorcé les négociations fin 2007.
Consulté le 7 janvier, le conseil de la Caisse de prévoyance et de retraite de la SNCF (CPRP SNCF) avait donné un avis favorable au projet de décret alors que parmi les administrateurs, sept des huit organisations syndicales (à l’exception de la FGAAC) s’étaient opposées au texte.
Même si la réforme n’a pas été « pliée en quinze jours » comme le souhaitait le gouvernement, la brutalité de la méthode dénote, selon Didier Le Reste, responsable de la CGT cheminot, « un manque de sérénité de la part de l’État » lié, selon lui, « au souffle des mobilisations sociales » intervenues en octobre et novembre 2007.
Sensiblement différent de la copie initiale, le contenu des décrets a dû tenir compte de ce rapport de force puisque l’âge pivot de la décote passe de 57,5 à 55 ans pour l’ensemble des cheminots et à 52 ans et demi pour les agents de conduite. Par ailleurs, la référence à une mise en place « mécanique » des 41 annuités en 2016, si le régime général devait subir le même sort en 2012, a disparu du texte. Enfin concernant l’indexation des pensions sur les prix et non sur les salaires, les syndicats ont obtenu une réunion annuelle d’évaluation des pensions avec les caisses de retraites pour éviter un décrochage du pouvoir d’achat.
Au-delà du seul problème des retraites, les syndicats entendent profiter du sursis obtenu pour aborder les questions de la reconnaissance de la pénibilité et des contraintes liées à la continuité du service public. À la SNCF, qui connaît une activité jour et nuit 365 jours par an, plus de 100 000 agents sont soumis à des horaires atypiques.
La bataille idéologique engagée par Nicolas Sarkozy contre les organisations syndicales, particulièrement la CGT, souvent sifflée lors des meetings de campagne du candidat, a contraint celles-ci à trouver une position délicate privilégiant l’intérêt des salariés, mais sans se couper de l’opinion publique.
« La CGT a su déjouer ce piège de l’isolement tout en maintenant la pression pour pouvoir négocier. Nous ne disons pas que nous avons tout gagné, mais la réforme qui sortira ne sera pas celle de Sarkozy, de Fillon, de l’UMP ou du MEDEF », estime Didier Le Reste.
Pour autant, le syndicaliste estime qu’il faut, dès à présent, construire de « fortes mobilisations sociales avant et pendant les concertations sur l’avenir des retraites », prévues pour le second semestre 2008. « Il y a trois éléments essentiels qui doivent être abordés : le niveau des pensions, leur financement, et un point sur lequel il nous semble important d’interpeller l’ensemble de la population, le principe, qui semble acquis pour le gouvernement, d’un allongement indéfini de la durée du travail », ajoute le cégétiste. Un appel à manifester le 22 janvier est déjà lancé.
Frédéric Durand
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