Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

société - Article paru le 14 janvier 2008 dans l'Humanité

enquête

Équipés depuis la fin du CM2

Les enfants téléphonent beaucoup. Reportage au collège Elsa-Triolet, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

« Pauvre Joël ! » lancent en choeur Natalia, Cassandra et Narimane. Un peu bêcheuses, les filles se moquent de leur copain qui n’a pas de portable. « Ce n’est pas drôle, leur lance le garçon de treize ans, ça fait un an que je le demande, mais j’attends toujours. » La faute à sa grande soeur, qui en a abusé et a coûté cher à ses parents, une somme trop importante pour être dévoilée. Les filles, quant à elles, sont équipées depuis la fin du CM2, juste avant l’entrée au collège Elsa-Triolet, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Nari- mane, quatorze ans, se souvient avoir dû batailler fer- -me pour convain-cre sa mère. « Je l’ai aidée à la maison à faire plein de choses et elle a cédé. » Pour un mobile qui coûtait 140 euros à l’époque, il y a quatre ans. Plus souples, les parents de Natalia et Cas- - sandra jugèrent le portable utile pour l’entrée en sixième. « Quand ma mère ne sait pas où je suis, elle m’appelle », confie Cassandra. Côté abonnement, c’est deux heures de communication par mois avant blocage du forfait.

Mais, dans le détail, les situations sont plus complexes. La maman de Cassandra souscrit sur son propre portable un abonnement qui lui permet de bénéficier de communications gratuites de 20 heures à minuit tous les jours. Toute la famille en bénéficie. Même arrangement pour Natalia qui peut se faire appeler « 24 heures sur 24 », si elle le souhaite, par son petit ami. La mère de ce dernier bénéficie d’un abonnement dont trois numéros sont en permanence gratuits. Celui de Natalia en fait partie. On se demande bien dans ces conditions ce que peuvent signifier les avis et les recommandations de précaution en termes de temps d’utilisation pour les plus jeunes. Néanmoins, pour trois d’entre eux, les messages sont passés : le téléphone, il ne faut pas en abuser, et pas seulement pour des raisons de coût. « Ce n’est pas bon pour la santé, cela peut donner des tumeurs au cerveau », affirme Joël. Natalia, pour sa part, est formelle, elle utilise un kit mains libres quand elle passe beaucoup de temps avec son amoureux. Mais Narimane se demande bien pourquoi faire attention. Sa propre mère est « chaque seconde pendue à son téléphone portable ». D’où la nécessité de faire passer des messages clairs aux parents. Et si pos- sible de dé- mon- ter les arguments des opé- - ra- teurs et des fabricants qui surfent sur leur angoisse de ne pas pouvoir contrôler les faits et gestes de leurs enfants, à la sortie de l’école, entre deux activités le mercredi ou encore en colonie de vacances. Car si interdire paraît difficile aux pouvoirs publics, il est nécessaire d’être cohérent. C’est au nom de ce « tout-sécuritaire » que les fabricants mettent sur le marché des téléphones pour des enfants de plus en plus petits, le M01 étant le dernier exemple en date.

Natalia se réjouit du cadeau offert par son oncle à Noël, un deuxième mobile, « plus moderne, qui me permet de faire des photos avec mes copines ou encore d’écouter de la musique dans la rue ». Ses deux numéros de portable rendent dingue le « pauvre Joël », dont les parents ne semblent pas encore décidés à céder.

M. D.

Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :