Benazir Bhutto réclame la démission de Musharraf
Benazir Bhutto est officiellement détenue chez elle. Ainsi en a décidé le général président Pervez Musharraf : un mandat d’arrêt de sept jours lui a été délivré. Le chef de la police de Lahore, où se trouve l’opposante, a été on ne peut plus clair : « Cette maison est désormais considérée comme une prison. » Et pour bien enfoncer le clou, des officiers de l’administration pénitentiaire se sont installés à l’extérieur pour veiller à l’application du mandat. Plus de 1 100 policiers empêchent tout accès à la résidence de Benazir Bhutto. Si la « longue marche » de Lahore à Islamabad, prévue hier, a été interdite, cela n’a en rien calmé les opposants au pouvoir en place, toujours plus nombreux. Des partisans de Bhutto ont ainsi démarré un cortège de plusieurs dizaines de voitures.
Mais Benazir Bhutto est surtout en train de changer son fusil d’épaule. Alors qu’elle était rentrée au Pakistan forte de l’amnistie que lui avait octroyée Musharraf et disposée à un dialogue en vue d’un partage du pouvoir, elle se trouve aujourd’hui dans une impasse. Elle a déjà annoncé qu’elle avait « changé de politique. Nous ne pouvons pas travailler avec quelqu’un qui a suspendu la Constitution, imposé l’état d’urgence et qui opprime le pouvoir judiciaire ». Hier, elle est allée encore plus loin en déclarant : « Nous affirmons que Moucharraf doit partir. L’époque de la dictature est révolue. » Elle a, d’autre part, brandi la menace d’un boycott des élections législatives annoncées dimanche pour « avant le 9 janvier » par Moucharraf lui-même.
Reste donc à Bhutto à éviter un isolement trop grand sur la scène politique afin de ne pas perdre le soutien dont elle dispose à Washington. C’est pourquoi, avec son parti, le Parti du peuple pakistanais (PPP), Benazir Bhutto proposait à son rival des années quatre-vingt-dix, l’ancien chef du gouvernement Nawaz Sharif, en exil, de former avec elle une alliance contre le président Pervez Musharraf. À propos des autres leaders de l’opposition, elle a déclaré à des journalistes au téléphone : « Je veux les consulter tous. » « Je veux former une alliance, avec pour point de convergence unique la restauration de la démocratie », a-t-elle ajouté.
L’europe et Les États-Unis gênés aux entournures
Bhutto a été premier ministre de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996, et Sharif de 1990 à 1993 et de 1996 à 1999. Les deux sont réputés pour ne pas s’apprécier. Ces derniers temps, Nawaz Sharif ne s’est pas privé de dénoncer le double jeu de sa rivale qui négociait depuis des mois un accord de partage du pouvoir avec Musharraf dans la perspective des législatives. Ils ont néanmoins un point commun : ils ont fait tous les deux face à des accusations de corruption et de détournements de fonds quand ils étaient au pouvoir. Mais Benazir Bhutto a pu rentrer de huit ans d’exil le 18 octobre sans être inquiétée parce qu’elle avait été, au préalable, amnistiée par Moucharraf, tandis que Sharif a de nouveau été expulsé en septembre dès qu’il a atterri au Pakistan après six ans d’exil ! Si Sharif ne s’est pas exprimé, un de ses lieutenants de la Ligue musulmane du Pakistan, Raza Zafarul Haz, a expliqué que la tenue d’élections libres et impartiales nécessitait la levée de l’état d’urgence.
Les pays occidentaux, États-Unis en tête, qui soutiennent le régime de Pervez Musharraf, sont gênés aux entournures comme le montrent les déclarations émanant des différentes chancelleries. Le Commonwealth, qui regroupe 53 pays, dont bien sûr la Grande-Bretagne, a menacé lundi de suspendre le Pakistan, l’un de ses pays membres, si le président Pervez Musharraf ne lève pas l’état d’urgence décrété le 3 novembre, ne rétablit pas la Constitution et ne renonce pas à ses fonctions de chef d’état-major de l’armée d’ici au 22 novembre. Bush, qui a salué en Pervez Moucharraf un allié crucial dans la lutte contre le terrorisme, demande aussi, mais du bout des lèvres, la levée de l’état d’urgence, afin de poursuivre le dialogue Bhutto-Musharraf, établi sous les auspices de Washington.
Pierre Barbancey
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