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Médias - Article paru le 26 décembre 2007 dans l'Humanité

 

LVMH brade et empoche

Il est des symboles qui ne trompent pas : quelques jours après le feu vert de Bercy à la cession par Pearson des Échos au leader mondial du luxe, LVMH, et alors que ce dernier vient de signer l’accord avec Alain Weill, le PDG du groupe

NextRadioTV (RMC, BFM…), pour que ce dernier récupère la Tribune, le groupe de Bernard Arnault aura officialisé le rachat du premier quotidien économique de l’Hexagone et la revente de son outsider la veille de Noël. Ultime cadeau aux allures de pied de nez aux salariés.

Ceux des Échos n’ont eu de cesse de dénoncer les risques de « mélange » des genres qu’il y avait à voir le principal quotidien économique de l’Hexagone tomber entre les mains de l’homme le plus riche de France ayant été, accessoirement, le témoin de mariage de Sarkozy. Quant aux salariés de la Tribune, lors d’un CE, vendredi, ils auront, par la voix de leurs élus, bien fait comprendre à Alain Weill que celui qui a redressé RMC, restructuré le Groupe Tests et inventé l’info « low-cost », n’allait pas bénéficier de leur mansuétude.

Mais, dans ce dossier, depuis le début, la vitesse a toujours été de mise. On se souviendra que, début novembre, à peine le juge des référés aura-t-il débouté les élus du CE des Échos de leurs demandes d’information que la vente du titre était officialisée et que celle de la Tribune s’engageait. Il faut dire qu’au regard des critères édictés par le gendarme de la concurrence, Arnault ne pouvait décemment pas rester très longtemps à la tête des deux journaux économiques du pays. Précipitation encore, mais cette fois, du côté de l’Élysée, quand son locataire n’aura pu s’empêcher d’annoncer à quelques journalistes des Échos que Nicolas Beytout allait être leur nouveau patron.

D’entrée, toutefois, le patron de LVMH aura annoncé la couleur. Lui qui ne se sera jamais investi dans les médias qu’en dilettante était prêt là à y mettre le prix. Non seulement, il alignera plus de 300 millions d’euros pour les Échos mais, en plus, fera preuve d’une générosité somme toute assez surprenante à l’égard d’Alain Weill et de ceux qui vont être ses salariés.

Au premier, il cédera la Tribune pour un euro symbolique, en recapitalisant le titre pour lui garantir trois ans de visibilité, sans parler des accords publicitaires. Les seconds, quant à eux, ont réussi à arracher des garanties sociales « hors norme » puisque LVMH se retrouve à garantir le « parcours professionnel » des salariés.

Autant d’indices qui laissent à penser qu’Arnault pourrait ne pas s’arrêter là, d’aucuns voyant les Échos comme une première étape avant qu’il ne s’empare du Financial Times et, derrière, des sociétés de cotation du titre. Quant à Weill, avec la Tribune, il entre dans la cour des grands en constituant petit à petit un groupe multimédia dont la philosophie pourrait être résumée en une phrase : « Ce n’est pas moi qui suis low-cost, ce sont les autres qui sont trop chers », aura-t-il répondu alors qu’il lui était demandé s’il ne faisait pas de l’information au rabais. Mais les salariés, à qui l’on promet « polyvalence » et « déménagement », ont d’ores et déjà fait savoir que, si leurs patrons étaient bien décidés à terminer leurs emplettes avant la trêve des confiseurs, eux n’avaient pas l’intention d’être les dindons de la farce.

Sébastien Homer

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Tag(s) : #Economie
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