idées
L’Afrique des pétroliers
Le Pétrole tue l’Afrique,
par Henri Paris, Éditions des Riaux, 2007. 390 pages, 18 euros.
L’Afrique subsaharienne ne représente certes qu’une portion limitée des réserves mondiales pétrolières identifiées (approximativement 110 milliards de barils, sur un total estimé début 2005 à plus de 2 110 milliards), mais néanmoins supérieure à celles de la partie nord du continent (71 milliards
de barils pour l’Algérie, la Libye et le Soudan).
Trois facteurs expliquent le caractère stratégique
qui lui est accordé par les majors occidentales
- celles des ex-puissances coloniales européennes
et, de façon grandissante, des États-Unis - ainsi que les compagnies de pays émergents, au premier rang desquels la Chine : une exceptionnelle qualité
de sa production ; de découverte relativement récente, cette richesse est régulièrement revue
à la hausse par les prospections successives concernant le territoire ; enfin et surtout, parce que
les gisements en voie d’exploitation ne font généralement pas l’objet de concessions, alors
que dans le reste du monde, ils sont attribués
de longue date et intégrés aux chasses gardées
des sociétés pétrolières de telle ou telle puissance engagée dans une course-poursuite, encore avivée
par les perspectives d’épuisement de cette source d’énergie aujourd’hui essentielle.
Un épuisement qui, en l’état actuel des connaissances, devrait devenir réalité à mi-chemin du XXIe siècle, avant, donc, que ne soient maîtrisées les éventuelles énergies de substitution. La proximité de l’échéance
et les incertitudes qu’elle fait naître stimulent toujours plus les concurrences entre lesdites puissances
et leur volonté d’accaparement immédiat du potentiel planétaire en hydrocarbures. La montée des rivalités en Afrique entre une nation, les États-Unis, murée dans sa vocation de superpuissance dictant sa loi,
et une ancienne métropole, la France, soucieuse
de préserver son pré-carré en constitue une illustration évidente.
Principale zone en ligne de mire, les pays du golfe
de Guinée - Nigeria, Angola, Guinée équatoriale,
Sao Tomé et Principe, Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Cameroun,
Côte d’Ivoire et Bénin - leurs voisins du littoral atlantique (Mauritanie au nord, Namibie au sud)
ou de l’intérieur du continent (Tchad et,
plus lointainement, Soudan, deux des derniers admis au club fermé des nations pétrolières).
Une zone de forte instabilité, voire de conflits ouverts qui, tous, dégagent peu ou prou une odeur de pétrole, parfois, comme dans le cas de la RDC, encore avivée par celle des minerais et métaux précieux (diamant, or) ou stratégiques (uranium, coltan).
Et où abondent des sociétés militaires privées (SMP) au siège basé outre-Atlantique comme en Europe, bras armé des sociétés étrangères concernées
et accessoirement chargées de former les gardes prétoriennes de chefs d’État ayant reçu l’adoubement de ces dernières.
Ancien général de division et spécialiste en géostratégie, Henri Paris connaît son domaine.
En dépit de quelques analyses stéréotypées (concernant la crise ivoirienne
en particulier), son ouvrage n’en constitue pas moins une documentation précieuse pour décrypter
ce qu’il appelle « une logique de conflits économiques ou militaires visant à accaparer les ressources pétrolières ». Avec cette conclusion en forme
de prophétie sinistre : « La crise de la raréfaction
des ressources énergétiques pousse le golfe de Guinée sous les feux de l’actualité.
La région restera un champ clos d’affrontements
entre grandes puissances consommatrices d’hydrocarbures, sans que les Africains en tirent grand profit. » Telle est effectivement la volonté animant des capitales occidentales s’opposant
l’une l’autre dans un jeu d’échecs, mais unanimes pour cantonner les peuples concernés au rôle
de simples pions.
Jean Chatain
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