L’Humanité des débats
Suicides : assez de vies broyées !
Par la CGT de PSA Mulhouse, avec l’aimable concours de son délégué syndical, Vincent Duse.
Ces derniers mois ont été marqués par de nombreux suicides, notam- ment chez Renault et PSA et on est en droit de s’interroger sur les raisons qui ont poussé à ces gestes désespérés. Nous savons tous pour le vivre quotidien- nement que tout changement important au travail, où nous passons une grande partie de notre vie, a un impact direct sur notre santé physique et psychique. Et ces dernières années, l’aggravation des conditions de travail a été de grande ampleur et tout ce que nous endurons avec. Toutes les études menées ces derniers temps confirment ce que nous ressentons : il y a une forte accentuation des souffrances au travail,
bien que PSA ne veuille pas en entendre parler et nie tout lien entre le travail et les suicides. Selon Christophe Dejours, psychiatre, titulaire de la chaire de psychanalyse santé travail au CNAM et auteur de plusieurs ouvrages, « autrefois, les suicides au travail étaient rarissimes. Depuis une dizaine d’années, les troubles musculo-squelettiques (TMS), le nombre de pathologies liées à la souffrance au travail, ce qu’on appelle aussi les karoshis (« mort par surtravail » en japonais) se multiplient à un rythme inquiétant ». Selon le Conseil économique et social, une personne par jour en France se suicide au travail. Et encore, estime son vice-président, ce chiffre est sous-évalué. Et selon l’INRS, 61 % des Français trouvent leur travail stressant.
Les patrons ont toujours pensé que plus on a de pouvoir disciplinaire, de maîtrise des gens, plus on gagne en termes d’efficacité et de productivité. Or, la meilleure façon de dominer, c’est de diviser les travailleurs. Mais les ouvriers se sont organisés, ont créé des solidarités à travers les mutuelles, les syndicats, les partis. Ils ont obtenu le droit de grève, des protections de toutes sortes. Or, depuis la fin des années 1980 avec la forte progression du chômage et les multiples attaques patronales et gouvernementales, les solidarités, les liens, les protections ont commencé à sauter. À l’aggravation des conditions de travail, le recul des organisations de travailleurs dans les quartiers ou les usines, l’effritement des valeurs ouvrières de solidarité, s’est ajouté peu à peu le délitement du « vivre ensemble » qui fait qu’on peut moins parler de ce qui ne va pas, de ce qui fait difficulté ou qui irrite. On peut moins critiquer la hiérarchie, s’écouter, s’entraider…
Les économies sur tout font que les postes aménagés sont supprimés. Bien des travailleurs anciens, usés ou handicapés, sont remis en chaîne. Le temps passé aux toilettes est parfois noté. Il arrive que des vestiaires soient surveillés pour empêcher qu’on s’y rende deux minutes avant l’heure. Les conversations trop longues peuvent être surveillées. Les contacts avec les éléments « douteux » sont reprochés par certains chefs. Il est arrivé que, dans un secteur, un chef demande aux femmes leurs dates de menstruation afin qu’elles n’en abusent pas pour passer plus de temps aux toilettes. Tout le monde est sous pression et la crainte de perdre son travail ou son poste pousse certains à des attitudes individualistes qui ruinent les relations de confiance. L’intensification des cadences dans ce cadre-là peut provoquer harcèlements, humiliations, crocs-en-jambe, injustices, calomnies et violences qui prennent alors le dessus sur les relations humaines faites de fraternité, entraide ou camaraderie. Face à ce phénomène en cascade, on peut moins compter sur les autres et il est de plus en plus difficile de ne pas laisser l’autre s’enfoncer… Le chantage à l’emploi est à la base de la résignation face à l’aggravation des conditions de travail. Et cette aggravation est une cause manifeste d’usure, de stress et de dépression.
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