Tribune libre - Article paru le 14 décembre 2007dans l'Humanité C’est le chômage qu’il faut combattre, pas les chômeurs ! Par Zalie Mansoibou et Marc Desplats, pour le Mouvement national des
chômeurs et précaires. Des propositions de lutte pour un statut de vie sociale et professionnelle Depuis plus de trente ans, les politiques nous disent qu’ils vont lutter contre le chômage… Et nous
sommes toujours à plusieurs millions de chômeurs… Autant dire que rien de sérieux n’a été fait. On a surtout assisté à des disputes idéologiques (sur la RTT, sur les statistiques du chômage, sur la
relance de la croissance ou de la consommation pour relancer l’emploi, etc.). Mais pendant ce temps-là, on a assisté à la multiplication des plans sociaux (mondialisation oblige), à l’augmentation
considérable des contrats précaires, du temps partiel contraint et d’une façon générale des inégalités : des pauvres de plus en plus pauvres et isolés et des riches de plus en plus riches. À coup
de moyennes, tout va bien et on endort tout le monde. Encore une fois et comme chaque année début décembre, les organisations de chômeurs (MNCP, APEIS, AC ! CGT chômeurs) ont manifesté le 8
décembre. C’est l’occasion d’évoquer sur quelques problèmes de fond. Le combat contre le chômage Qu’on arrête de faire des discours creux et idéologiques (du style « travailler plus pour gagner
plus »). Ce que nous voulons, c’est pouvoir travailler tous et avoir tous un revenu pour vivre. Comment ose-t-on dire de travailler plus à celles et ceux qui sont sans emploi ou à temps partiel
contraint ? Comment ose-t-on jeter l’anathème sur les demandeurs d’emploi en leur retirant deux mois d’allocations avec rappel d’indus (sur leurs 430 euros d’ASS pour vivre) parce qu’ils sont en
retard à une convocation ANPE ou souhaitent un temps complet plutôt qu’un CDD à temps partiel ? Comment ose-t-on dire que les demandeurs d’emploi ne cherchent pas de travail alors qu’on sait
pertinemment qu’il n’y a pas d’emplois pour tous et que beaucoup ne retrouveront plus jamais de travail ; que l’on sait pertinemment que l’entreprise classique ne veut plus insérer les
non-qualifiés, mais les a externalisés vers le nouveau secteur de l’insertion par l’activité économique ? Plutôt que de renforcer les contrôles inutiles pour chasser les demandeurs d’emploi des
statistiques, il conviendrait de démystifier la valeur travail (« tu ne travailles pas, donc tu es un moins-que-rien ») et parallèlement, mener une vraie politique de création de nouveaux emplois
et de répartition solidaire des emplois existants. La citoyenneté des chômeurs .Rejetés de partout et montrés du doigt, les chômeurs sont très isolés. Il faut leur faciliter l’accès aux droits et à
la vie collective : reconnaître les organisations de chômeurs ; les aider à se développer. Au MNCP, nous sommes 40 associations ; c’est beaucoup trop peu pour couvrir le territoire. Il faut
également remplacer l’absence de collectif de travail ou d’accès aux syndicats et développer l’accès à la vie associative. La sécurisation des parcours professionnels C’est l’expression à la mode
qui, constatant et acceptant la montée de la précarité, veut mettre des rustines. Pour nos organisations, c’est d’un véritable « statut de vie sociale et professionnelle » pour tous, avec ou sans
emploi, dont il faut parler. Un statut de la personne active qui lui assure des droits mutualisés et liés à la personne, et pas à sa situation de travail ou d’indemnisation. Ce point essentiel est
développé dans notre plate-forme. Il touche aussi bien l’accès à la retraite, à la santé, à la formation, à l’indemnisation en cas de chômage, au logement, etc. On n’acquiert pas des droits parce
qu’on a travaillé, on a des droits parce qu’on est une personne humaine et autant humaine que son voisin. La fusion ANPE-Assedic et les chômeurs Voilà une grosse réforme qui n’apportera rien. Pour
nous, ce qu’il faut, c’est : - une réforme du financement pour sortir de la dualité assurance-assistance ; ce n’est pas prévu dans la réforme ; - rétablir la confiance perdue (à cause des décrets
Borloo sur le contrôle) entre les demandeurs d’emploi et l’ANPE ; - donner les moyens à l’ANPE de remplir sa mission d’accompagnement vers l’emploi du demandeur d’emploi ; - restaurer le travail en
confiance et en confidentialité entre le conseiller ANPE et le demandeur d’emploi. Donc, sortir le contrôle et les statistiques de l’ANPE ou de ce nouvel organisme, l’Établissement unique. En
conclusion, déception face à l’absence de politique pour l’emploi, déception face à une réforme qui se traduira par « beaucoup de bruit pour rien ». Renseignements : 01 40 03 90 66 ; e-mail :
mncp.national@free.fr, Site Internet : http://mncp.free.fr
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