Un double attentat sème la désolation
Tout est allé très vite hier matin dans le quartier de Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Alger. La voiture piégée conduite par un kamikaze s’est dirigée à toute vitesse sur le siège de la Cour suprême. Quand elle l’a percuté de plein fouet, un bus de transport d’étudiants appartenant au Centre des oeuvres universitaires et qui se rendait à la faculté de droit toute proche a été emporté par la déflagration. Celle-ci a causé la mort de 9 étudiants et de 3 policiers en faction devant le bâtiment officiel et fait plusieurs blessés. L’une des façades de l’institution judiciaire, de style mauresque, récemment inaugurée par le président Bouteflika, s’est effondrée sous la violence de l’explosion. La carcasse calcinée du bus était encore sur les lieux une heure après les attentats. « Nous ne sommes pas à l’abri des attentats de ce genre », a réagi le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, présent sur les lieux. « Rien ne peut justifier le crime », ajoutait de son côté le premier ministre Abdealziz Belkhadem.
le plus meurtrier depuis l’année 2000
Le second attentat a ciblé le siège onusien du haut-commissariat aux réfugiés (HCR), situé sur la place centrale d’Hydra, le Neuilly algérois, quartier abritant la plupart des ambassades, dont celle de la France, des sièges d’entreprises algériennes et étrangères ainsi que des ministères, dont celui de l’Énergie. Dans ce quartier en principe hautement sécurisé, plus de près de 70 personnes ont trouvé la mort dont 12 employés du HCR, et près d’une centaine ont été blessées.
Sur cette placette du centre d’Hydra, les cafés étaient bondés dans la matinée de ce mardi, quand le kamikaze a fait sauter son véhicule aux abords du siège de l’ONU. Un attentat qui rappelle celui commis le 19 août 2003 à Bagdad contre le siège des Nations unies et qui coûta la vie au chef de la mission onusienne, le brésilien Sergio Vieira de Mello. Même au plus fort du terrorisme des années 1990, Hydra avait été relativement épargnée par la violence islamiste. Ce double attentat est le plus meurtrier jamais commis depuis l’année 2000.
Ces actes terroristes ont été condamnés par Nicolas Sarkozy, qui a adressé un message à Abdelaziz Bouteflika, ainsi que Michelle Alliot-Marie, Bernard Kouchner, le Parti communiste français, François Hollande, le premier ministre espagnol José Luis Zapatero, l’UE ainsi que la Maison-Blanche. Ils surviennent six jours après le départ du chef de l’État français, Nicolas Sarkozy. Durant son séjour, Alger était sous haute surveillance. Mais une fois parti, le dispositif sécuritaire a été allégé et la capitale algérienne a retrouvé une vie normale comme si le terrorisme ne constituait plus une menace. Or, depuis que le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) s’est transformé en janvier 2007 en Al Qaeda pour le Maghreb islamique (BAQMI), il n’a en réalité jamais cessé ses attaques.
C’est en 2007 qu’il a inauguré une série de 4 attentats suicides. Les deux premiers, en avril dernier, avaient ciblé le siège du gouvernement algérien et celui d’Interpol, faisant 30 morts. Le troisième, le 11 juillet, visant une caserne militaire à Lakhdaria (sud-est d’Alger) avait fait 11 morts. Le quatrième, le 6 septembre, avait carrément pris pour cible le cortège du président Bouteflika à Batna, faisant 22 morts et 100 blessés.
Cette stratégie d’attentats ciblés dénote deux choses. D’abord, elle signe l’échec de la stratégie de réconciliation nationale du président Bouteflika promettant une amnistie à tout islamiste acceptant de déposer les armes. Ensuite, elle montre que Al Qaeda du Maghreb islamique, malgré la perte de plusieurs de ses dirigeants, dont Abdelhamid Saadaoui (36 ans), dit Abou Haytem, chargé des relations avec Ben Laden, tué en Kabylie le 15 novembre dernier, et l’arrestation le 19 novembre à Alger de Fateh Bouderbala, dit Abou Bassir, est bien loin de rendre l’âme comme le rapportaient imprudemment certains journaux algériens. « Le seul discours que les régimes des pays musulmans impies comprennent demeure celui des armes et les attentats suicides », martelaient les fanatiques dans un communiqué daté du 27 novembre.
Hassane Zerrouky
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