Porter l’émancipation du travail au coeur des luttes
Jeudi dernier, au siège de la fédération de Paris du PCF, une cinquantaine de militants ont débattu d’une tout autre manière de considérer le travail que le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. Cernant ses mutations récentes, ils ont tenté de définir des pistes pour sa désaliénation. Un débat préparatoire à l’assemblée générale extraordinaire du PCF, le week-end prochain à La Défense, qui se penchera sur le projet communiste sur le travail et l’emploi. Jeudi, les participants avaient décidé de traiter « l’ensemble des aspects » de la question, c’est-à-dire aussi bien « la vocation émancipatrice du travail » que sa version aliénée, avec « les contraintes réelles du travail subordonné », dixit Richard Sheehan, responsable national du PCF. En témoigne la diversité des intervenants : le psychanalyste Bernard Doray, le chercheur Claude Aufort, et des syndicalistes, avec la secrétaire générale de l’UGICT-CGT, Marie-José Kotlicki, et une infirmière, Dominique Lhabib.
Avec le développement des nouvelles technologies, les salariés sont de plus en plus des producteurs d’idées, constate Claude Aufort. « Autrefois, le capital accaparait les objets en aliénant le travail manuel, maintenant il accapare les idées. Pour cela, le capital accapare la créativité du salarié et son autonomie. » Pour le chercheur, « cela renforce le caractère éminemment social du travail ». Mais le capital ne reconnaît que le résultat de l’activité, non l’activité elle-même. « Tout le salariat est concerné par cette contradiction. »
Pour Bernard Doray, les travailleurs subissent « une situation de dissymétrie aliénante », avec « le sentiment ambigu de faire partie d’un corps social et de ne compter pour rien ». Il insiste sur l’importance de « la dignité du travail, qui ne peut se réduire à la pensée marchande », à l’aide d’un film interrogeant les cheminots sur leur travail et leur fierté d’être au service des usagers. Pour lui, « le réel, l’imaginaire et le symbolique forment une unité ».
Dominique Lhabib illustre cette « dissymétrie aliénante » à partir de son expérience de soignante, en disant la frustration des personnels médicaux de ne pas voir pris en compte le côté non « quantifiable » et immédiatement « productif » de leur travail, comme le souci de mieux connaître son patient, de nouer une relation avec lui, etc.
Pour Marie-José Kotlicki, il faut redéfinir la place du travail dans la société. Constatant à son tour le besoin « d’autonomie, de responsabilités, et les aspirations nouvelles des salariés » qu’a fait naître la révolution des technologies, elle appelle la gauche à remettre le travail à sa juste place dans son projet, en évitant « les impasses du tout-travail comme du tout-sociétal ». « Les communistes ont de bonnes propositions, comme la sécurité d’emploi et de formation, mais il faut les mettre à l’épreuve de l’actualité et des luttes », propose-t-elle. Dans l’assistance, Yves Dimicoli, économiste communiste, dit son accord avec cette proposition. « On manque d’audace pour se saisir des propositions les plus novatrices. Il faut articuler luttes immédiates et projet d’une société où le chômage serait éradiqué. Faire cela, c’est différent de répéter qu’on est pour une sécurité d’emploi et de formation ! » Il plaide aussi pour « qu’on n’oppose pas travail et emploi : le travail renvoie à une activité, un engagement de la personne, l’emploi évoque un statut juridique, un niveau de qualification, et une pratique de gestion pour mettre en oeuvre ce travail ». Un participant abonde dans son sens : « Comment faire de la libération et de l’humanisation du travail quelque chose d’autre qu’une question de colloque ? Il faut des propositions qui concernent les salariés au travail comme les chômeurs… »
Les problèmes de santé au travail, avec les produits toxiques mais aussi le stress générant dépressions et suicides, sont abordés dans plusieurs interventions. « La guerre contre les cadences infernales est toujours d’actualité », dira l’un. Pour un autre, l’exposition de millions de travailleurs à des substances cancérigènes doit être abordée en tant qu’enjeu de classe à part entière. « Des grandes fortunes d’Europe se sont construites sur le dos des salariés de l’amiante. Pourtant il n’existe pas dans le Code pénal de crime de mise à mort délibérée de salariés… C’est un enjeu de confrontation. »
Sébastien Crépel
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