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Politique - Article paru le 16 novembre 2007

 

« La loi est mauvaise, voire dangereuse sans moyens publics importants »

D’après le leader de l’UNEF, Bruno Julliard, sans une hausse du budget public de l’enseignement supérieur, la loi Pécresse « est une grave remise en cause du service public ».

Les députés doivent voter, aujourd’hui, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche. La veille, la ministre Valérie Pécresse a reçu les présidents d’université et cinq organisations étudiantes. Avant de se rendre au ministère, Bruno Julliard, président de l’UNEF, a expliqué la position du principal syndicat étudiant.

Alors que Valérie Pécresse invoque un « effort sans précédent » de 1,8 milliard d’euros pour l’enseignement supérieur et la recherche, vous parlez de « manques criants ». Pourquoi ?

Bruno Julliard. L’essentiel du milliard d’euros supplémentaire pour les universités (le 0,8 milliard restant va à la recherche - NDLR) doit assurer le paiement de crédits qui n’avaient pas été honorés. Au final, il reste à peine 300 millions d’euros nouveaux pour l’université. En prenant en compte l’inflation et quelques éléments concernant les carrières des personnels, on a fait le tour. Il n’y a rien de nouveau, dans ce budget, en termes de crédits de fonctionnement. De même, aucun poste nouveau n’est créé, alors qu’on nous dit que la réussite en licence est une priorité absolue. Seulement 17 millions d’euros sont consacrés au chantier de la réussite en licence, c’est ridicule. C’est surtout très loin des promesses qui nous avaient été faites au mois de juillet. Nous avons d’ailleurs toujours dit que la loi sur l’autonomie des universités n’était pas bonne, et qu’elle deviendrait dangereuse dans un contexte de pénurie budgétaire. En juillet, l’un des compromis était d’accompagner la loi de moyens budgétaires importants. Cela explique notre position actuelle : cette loi, dans un contexte de pénurie budgétaire, est une grave remise en cause du service public.

Vous craignez plus le contexte budgétaire que la loi en elle-même ?

Bruno Julliard. Nous craignons les deux. D’abord, cette loi, on ne l’a pas demandée. Ensuite, ce n’est pas pour rien qu’elle est passée en juillet, quand il n’est pas possible de mobiliser les étudiants. Si elle était irréprochable, le gouvernement n’aurait pas fait passer cette loi en catimini pendant l’été. La même loi n’aura pas les mêmes incidences dans un contexte d’abondance ou de manque des crédits publics. Prenons les compétences élargies des universités : avec des moyens plus grands, la plupart des facs pourraient assumer ces compétences supplémentaires. Sans cela, une partie des établissements ne pourront pas le faire. Il y aura alors une université à deux vitesses, avec des statuts différents et une concurrence entre établissements, donc une grave remise en cause du service public.

De même, le gouvernement veut augmenter le taux de financement privé des universités. Là encore, le résultat sera radicalement différent selon qu’il y a une augmentation du budget public ou pas. Il faut que la proportion de budget privé reste la même au regard du financement public.

Vous ne demandez pas l’abrogation de la loi, contrairement à d’autres. Pourquoi ?

Bruno Julliard. Si le gouvernement le souligne si souvent, c’est surtout pour tenter de diviser les étudiants. Au final, nous sommes d’accord pour dire que la loi est dangereuse. À notre sens, la revendication la plus pertinente n’est pas de demander de revenir à la situation précédente, mais de changer l’université dans un sens positif pour les étudiants. Nous sommes très insatisfaits des modalités de « gouvernement des universités », avec un pouvoir trop important des présidents et une diminution de la représentation des personnels et des étudiants. Il faut aussi intervenir sur la précarisation des personnels : le risque existe d’un recours à un recrutement contractuel, y compris d’enseignants-chercheurs. Enfin, nous sommes hostiles à ce que les universités deviennent propriétaires des bâtiments, de crainte de créer des inégalités importantes. Et nous voulons un encadrement très strict du financement privé. Notre boussole, c’est la préservation du service public.

Entretien réalisé par V. D.

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Tag(s) : #Politique
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