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Société - Article paru le 15 novembre 2007 dans l'Humanité

Sur les traces de l’esclavage

Un passé esclavagiste qui laisse des traces

COLLOQUE .Dans le cadre du Gorée Diaspora Festival, une rencontre internationale s’ouvre aujourd’hui à l’île de Gorée consacrée à la traite négrière dans l’océan Atlantique et l’océan Indien.

Des « biens meubles ». Ainsi le Code noir proclamé par Colbert définissait-il les es- claves noirs déportés par mil- lions, d’Afrique vers les Amé- riques, entre 1450 et 1867. Une tragédie longtemps enfouie dans la mémoire, occultée par l’histoire officielle, tue par les programmes scolaires, mais qui laisse des traces cruelles dans la conscience collective. Il aura fallu attendre cent cin- quante-trois ans après son abolition définitive pour que la République française re- connaisse l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Un long silence de complai- sance pour un système qui per- dura illégalement après les abolitions et qui céda la place à d’autres formes de domina- tion coloniale. C’est là un sujet d’histoire complexe, sur lequel s’est constitué ces dernières années, sur les trois continents, Europe, Afrique et Amérique, un solide socle de connais- sances. Leur donner une visi- bilité, les confronter, donner la parole aux chercheurs pour comprendre cette histoire, ses causes, ses conséquences : voilà l’ambition du colloque consa- cré à la traite négrière coloniale dans l’océan Atlantique et l’océan Indien. Il s’ouvre aujourd’hui à l’île de Gorée, à l’initiative de l’Association des descendants d’esclaves noirs et leurs amis (ADEN), en partenariat avec le département du Val-de- Marne et la municipalité de Gorée. Plus d’une vingtaine de chercheurs français, amé- ricains, béninois, sénégalais, caribéens, états-uniens ou réunionnais participeront à cette rencontre internationale. Placé sous le patronage d’Aimé Césaire, d’Angela Davis, de Paul Vergès, d’Édouard Glis- sant, ou encore de Mumia Abu-Jamal, le colloque s’ins- crit dans le cadre populaire et culturel du Gorée Diaspora Festival, qui ouvre symboli- quement, depuis trois ans, la porte du retour aux descen- dants d’esclaves noirs. « L’expérience montre que l’oubli et les tentatives de gommer cette histoire ont des conséquences désastreuses, souligne Daniel Voguet, prési- dent de l’ADEN. On ne peut pas vivre dans le déni, dans le mensonge. Tôt ou tard, il fau- dra reconnaître cette histoire comme un épisode fondamen- tal de l’histoire de la France et de l’Europe. » Un combat pour la reconnaissance, que l’ADEN n’hésite pas à lier aux répercussions contemporaines de l’idéologie raciste qui justi- fia pendant plusieurs siècles la traite et l’esclavage. « Travailler sur cette his- toire, sur sa transmission, c’est un gage pour construire la so- ciété d’aujourd’hui sur des bases de respect de l’autre, en particulier dans un départe- ment divers et métissé comme le nôtre », explique Danielle Maréchal, vice-présidente du conseil général du Val-de- Marne. Autre enjeu mis en avant par les initiateurs et les partenaires de cette rencontre internationale, celui de la construction de nouveaux rapports entre le Nord et le Sud. Leur conviction, aux antipodes du discours pro- noncé, le 26 juillet dernier, par le président français à l’uni- versité Cheikh-Anta-Diop de Dakar : la traite, l’esclavage, la colonisation puis le pillage néocolonial du continent noir, s’ils ont favorisé l’ex- pansion du capitalisme, ont laissé l’Afrique exsangue, et ne sont pas étrangers, loin s’en faut, à la situation qui est aujourd’hui la sienne.

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Société
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